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 [Fiction Bonus] De l'autre côté du tableau

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Lukeskywalker62
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MessageSujet: [Fiction Bonus] De l'autre côté du tableau   Dim 21 Avr - 18:30

De l’autre côté du tableau

_________________

« Que choisir, entre belle illusion et cruelle réalité ? »
Auteur inconnu
_______________________

( ♫ ) La première chose que l’on remarquait était l’odeur. Prenante, puissante et inconstante, elle se démarquait de par sa singularité et son allégresse. Un parfum artificiel, de pure synthèse et qui était loin d’évoquer l’air naturel des grandes plaines, et qui pourtant semblait produire le même effet. La fragrance étonnante de la peinture envahissait entièrement les lieux, émanant des innombrables toiles chargées de cette matière colorée aux mille nuances. L’endroit en lui-même était naturellement éclairé à foison, d’une étrange lueur tamisée préparée pour ne pas altérer la patte de l’artiste. Dans ces grands couloirs tout de blanc dépeints s’alignaient ces tableaux aux dimensions irrégulières, qui rien qu’à première vue, semblaient attendre par milliers les visiteurs courageux qui s’aventureraient dans cette vaste exposition. Nul doute qu’elle leur réserverait de nombreuses surprises …

Rien que dans le vestibule d’entrée, on pouvait déjà voir quelques œuvres annonciatrices. Elles étaient d’un style simple, sans réelle prétention, mais étaient inéluctablement captivantes. Du simple paysage montagnard aux natures mortes en passant par des rassemblements d’illustres inconnus, il y avait une mixture très cosmopolite qui ne faisait qu’une chose : inciter à voir ce qu’il y avait après. Mais pour cela … il fallait payer son entrée !
Cela faisait déjà quelques minutes qu’ils étaient tous deux arrivés, et déjà la jeune femme ne savait plus où donner de la tête. Plus serein, à côté d’elle, son compagnon se contentait de jeter de discrets regards à ces tableaux, un sourire nostalgique étirant ses lèvres. Il y avait beaucoup d’autres personnes dans les lieux, pour la plupart arrêtées devant l’un des cadres à détailler longuement son contenu, d’autres occupées à régler leurs droits de passage, de dernières enfin à s’engouffrer vers la suite de la grande galerie. Le grand tapis rouge déroulé dans le hall, menant vers les corridors artistiques de l’exposition, semblait les y guider …
« C’est incroyable … murmura-t-elle. Je savais que ton père avait du succès, mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi … riche ?
- Ahah … C’est vrai qu’il n’a pas tendance à faire les choses à moitié. Une fois qu’il est lancé dans quelque chose, plus rien ne peut l’arrêter. Et en ce qui concerne l’opulence des lieux … Je serais prêt à te parier qu’il se serait justifié avec un long discours impliquant au moins dix fois le mot « légende » dans son contenu !
- M’étonnerait pas, tiens … »
Khelya avait beau dire, elle n’en était néanmoins pas en reste face à la beauté qui était offerte à ses yeux. Et encore, ce n’était que le début ? C’était vrai que le tapis rouge et les décorations diverses qui accompagnaient les peintures en elles-mêmes étaient plutôt superficiels, mais il fallait avouer que la mise en scène était terriblement soignée et l’ambiance on ne pouvait plus agréable. En tout cas, maintenant, elle savait de quel côté Cyranu héritait sa tendance à toujours vouloir en faire trop …
« D’ailleurs, il est où, ton père ? demanda-t-elle.
- Hm … Il me semble qu’il tient une conférence auprès de son milieu artistique, à cette heure. Cette exposition est aussi l’occasion pour lui d’échanger avec des gens qui versent dans le même domaine. Nous ne devrions pas le voir avant un petit moment …
- Dommage … Au fait, tu n’as pas oublié nos billets, j’espère ?
- Ah euh, non ! J’ai tout ce qu’il faut ! »
Cyranu plongea la main dans une de ses poches et y fouilla quelques secondes, avant de se raidir. La démone le dévisagea avec un air mi-amusé, mi-désespéré, avant que son phénix n’ait l’idée de fouiller dans l’autre poche et de pousser un soupir de soulagement. Elle sourit en le voyant retirer les deux tickets de son pantalon, généreusement offerts par Baldrick quelques jours plus tôt.
« Tu devrais en prendre plus de soin … Tu mériterais que je te frappe, pour la peine !
- Me soustraire d’autres neurones n’y arrangera rien ! protesta-t-il avec amusement.
- C’est ça, va … Allons-y ! »
Et ni une ni deux, Khelya se saisit du bras de Cyranu et s’y accola sans lui demander son avis. Le jeune homme eut toutes les peines du monde à dissimuler la gêne qui le prenait inéluctablement dans ces moments-là, mais reprit la marche vers l’entrée réglementée de la galerie, sentant son cœur s’accélérer à chaque fois qu’il ressentait la bonne humeur dont la démone l’inondait …

( ♫ ) Ce fut un tout nouveau monde qui s’offrit à la faucheuse et au phénix, une fois les vérifications passées. Le long tapis rouge continua de les mener le long d’un couloir qui semblait sans fin, agrémenté du même style de tableau que le hall. Une fois arrivés à son terme … L’ambiance changea alors du tout au tout.
Khelya haussa les sourcils en regardant les premiers tableaux visibles de cette nouvelle salle couverte de parquet. Il s’agissait d’une pièce à première vue rectangulaire, où d’autres portes donnaient sur d’autres salles, offrant de nombreux chemins possibles. Mais ce qui était exposé ici-même … était surprenant. Plus dans la mesure où le style de peinture changeait considérablement comparé à ce qu’elle avait vu précédemment …
Elle et Cyranu marchèrent doucement, longeant les murs présents, pour contempler ces œuvres qui semblaient d’une qualité bien moindre que la fantaisie du vestibule passé. On pouvait voir des traits beaucoup plus incertains, moins lisses, moins soignés. Presque de l’art abstrait dans la forme, mais le contenu renvoyait bel et bien à des objets identifiables. De tout et de rien, d’ailleurs. La seule chose, à la rigueur, était qu’il n’y avait aucun humain ou affilié présent ici : hormis cela, objets et animaux étaient exposés, dans ce tracé rugueux et mystérieux qui semblait appartenir à une lointaine époque du passé. La quantité elle-même de tableaux demeurait impressionnante, par-dessus tout …
Les deux s’étaient arrêtés devant le plus grand tableau de la salle, après en avoir fait le tour. A vrai dire, peu de gens semblaient s’attarder sur cette pièce, qui semblait à la croisée des chemins. Un discret écriteau conseillait de visiter certains couloirs avant d’accéder à celui qui prolongeait la direction de la galerie du hall, expliquant que la véritable suite de l’exposition se trouvait de ce côté et qu’il serait long ou difficile de revenir en arrière par la suite. Laissant son regard se perdre sur les détails d’imperfections et de tracé de la toile intégralement couverte de couleurs où vif et pastel s’affrontaient, Khelya inspira profondément.
« … Il a changé beaucoup de fois de style, au cours de sa carrière ? questionna-t-elle.
- Oui … répondit Cyranu sans hésitation. Mon père a énormément procédé par tâtonnements tout du long de ses essais. Et il est même parfois revenu sur des styles qu’il avait déjà explorés auparavant … Avant d’enfin adopter celui que tu connais et que tu as contemplé naguère. Enfin, je suppose, il a commencé à peindre … bien avant ma venue au monde.
- Il est doué …
- Peut-être … En tout cas, quantitativement, il ne s’est pas bridé.
- Je vois ça ! »
Pour le peu qu’elle en avait vu, cela faisait tous ceux qui étaient exposés dans le manoir des De Kamû, ceux qui l’étaient dans le hall d’entrée de la galerie, et maintenant ceux-ci … Ca faisait … Quelque chose comme beaucoup ?
« Et il y en a encore plein d’autres après ?
- Ahahah … Si mon père n’a rien exagéré … Je crois qu’il nous reste bien plusieurs kilomètres de galeries à explorer avant d’en voir le bout …
- Tant que ça ?
- Et je n’ai pas compté ceux qu’il a vendus, ce qui doit représenter plus de la moitié de sa production.
- … »
Cyranu ne put retenir un rire face à la mimique désemparée de sa compagne, qui était loin d’imaginer le nombre de tableaux que cet homme seul avait pu tirer au cours de sa vie. Il la tira de son trouble en osant déposer ses lèvres sur son front, geste soudain qui se révéla particulièrement efficace sur la faucheuse. Elle se contenta de lui sourire, réservant secrètement sa contrattaque pour plus tard …
« On continue ? proposa le phénix.
- Avec joie ! »
Les deux s’éclipsèrent alors sans attendre vers le couloir à gauche de la salle, laissant derrière eux le grand tableau baptisé Incarnation de l’Esprit. Sur un fond irrégulier, comme représentant un grand carrelage blanc où de petits losanges noirs se trouvaient aux intersections, le tout étant distordu en vagues chancelantes, était peinte une grande et majestueuse rose dont le rouge exaltait le tableau. Ses nombreux pétales, charnus et emplis d’une couleur chatoyante, surplombaient une tige garnie de rares épines et de feuilles vigoureuses à l’aspect nouveau. La vivacité des couleurs de la fleur tranchaient tellement du fond terne qu’on avait l’impression qu’elle en ressortait physiquement, touchant jusqu’au cœur de ceux qui la regardaient. Il était difficile de remarquer le petit texte inscrit sur la plaque portant le nom de l’œuvre …
Belle au regard, mais si vous l’approchez trop, elle vous fera connaître la douleur. Elle ne peut fleurir que dans les corps sains.

La galerie tenait ses promesses : très longue, elle semblait s’étendre et se ramifier indéfiniment. Cyranu et Khelya passèrent un long moment à admirer les différents tableaux que Baldrick avait tirés au cours de sa vie, explorant une richesse de styles incroyablement variée. Chaque grande salle qu’ils exploraient comportait un genre de peinture propre, témoin sans doute d’une période de la vie de l’artiste. Les atmosphères variaient, d’un couloir, d’une pièce à l’autre, en résonance. De complètement abstrait à on ne peut plus réaliste, les deux eurent droit à beaucoup de choses, sur leur chemin. L’exposition continuait, encore et toujours.
Cela faisait déjà une heure qu’ils étaient entrés dans le bâtiment quand les deux jeunes gens se retrouvèrent dans une salle sombre. Il y avait peu de monde, ici, c’était une annexe presque à part entière qui se démarquait du chemin principal. Les murs étaient gris très sombre, et la lumière très faible. Il y avait une espèce de labyrinthe dont les murs étaient plus bas que le plafond, face à eux. Quand ils s’y aventurèrent … Ils furent surpris, autant l’un que l’autre, de constater de quoi il s’agissait : les différents tableaux du labyrinthe représentaient … des intérieurs. Et pas n’importe lesquels. Ils représentaient … Des cellules. Une espèce de prison, comme le donjon d’un château fort, presque. Le tout était détaillé avec une précision minutieuse, et l’ambiance était apportée avec le dédale et l’obscurité … Aucune idée de si Baldrick avait eu l’intention que ce soit présenté ainsi au moment de la peinture, mais une chose était sûre : l’effet était de maître.
Après s’être enfoncés dans le labyrinthe, Khelya tourna un regard espiègle vers le phénix.
« C’est pas ta tasse de thé, ça, hein ?
- Euh, non en effet … répondit Cyranu, toujours un peu surpris.
- Ahahah, fais pas cette tête ! Ce n’est que de la peinture, et tu ne risques rien ici ! Enfin, pour de la peinture, c’est franchement réussi …
- Justement ! »
Ce fut au tour de la démone s’avoir un franc rire, et de resserrer sa prise autour du bras tremblotant de l’humain. Même s’il ne s’agissait que de représentations picturales, sa claustrophobie prenait rapidement le dessus, accentuée par la sensation d’oppression qui émanait du dédale et de la lumière faible. Non, il n’était clairement pas dans son élément et ça s’en ressentait. C’était une peur primaire, assez inexplicable … C’était vraiment très déroutant pour lui de la sentir alors que c’était censé être une simple promenade, à la base, et la jeune femme en avait conscience. C’est pour cela que, bon pied bon œil, Khelya évada Cyranu jusqu’à la sortie des geôles pour continuer leur visite sans plus de tourments, agrémentant le parcours de petites taquineries gratuites comme elle en avait le secret …

Passé l’exploration carcérale de ces représentations réalistes, ils progressèrent encore un petit moment, traversant les galeries ornées de peintures plus conventionnelles. Conventionnelles, oui, jusqu’à ce qu’ils tombent sur l’intitulé grand Hall de l’abstrait.
Baptisé ainsi en l’honneur de ce qui y était exposé, le hall était garni non seulement de peintures sans signification immédiate, mais leur disposition aussi était comme dénuée de sens. Ainsi, des toiles tachetées irrégulièrement de couleurs en bataille ou des tableaux aux personnages difformes et incohérents étaient littéralement bazardés sur les murs. Oui, sur les murs. Mais aussi au plafond. Et par terre, aussi. Certains semblaient même flotter dans les airs, suspendus à du nylon qu’ils étaient. En fait, il y en avait partout. Retournés, pivotés, bancals, chancelants : que ce soit dans la forme ou le contenu, rien n’était semblable à tout ce qu’ils avaient vus avant !
« Ils ont pété un câble durant la mise en place des tableaux, ou quoi ? s’étonna Khelya, qui perdait pied dans cet océan de toile et de peinture.
- Je ne sais pas … soupira Cyranu. Peut-être ont-ils souhaité aménager la salle à l’image des peintures exposées … En tout cas, ce n’est pas fait dans la demi-mesure. »
La démone perdit son regard sur un tableau suspendu dans les airs où elle sembla vaguement identifier ce qui pouvait, dans l’absolu, être assimilé probablement à un hypothétique chemin tracé dans la peinture anarchique. Poursuivant du regard le trajet de ladite route dans le vide, sans vraiment s’en rendre compte … Elle découvrit non sans surprise qu’un autre tableau, situé dans cette trajectoire, semblait continuer le sentier virtuel en son sein. Et d’ailleurs, ce n’était pas tout. Dans le Hall de l’abstrait, d’autres tableaux venaient à la suite pour compléter cette route picturale et fragmentée qui au final, revenait au point de départ en décrivant une boucle sans fin. Cette curiosité ne manqua pas d’attirer l’attention de Khelya, laquelle se rendait compte qu’elle accrochait sans trop s’en rendre compte à ce style de peinture complètement barré …
« C’est vraiment dingue … murmura-t-elle.
- Oui, je dois avouer que mon père peut avoir de drôles de sautes d’humeur …
- Non, je veux dire … Même si à première vue, il ne semble n’y avoir rien à comprendre dans tout ça … C’est bizarre, mais on n’arrive pas à en décrocher les yeux …
- Tu trouves …?
- Bah oui ! Pas toi, d’ailleurs ? C’est censé être toi l’artiste, j’te rappelle ! »
Le phénix eut un petit rire.
« Si je ne peux pas en décrocher les yeux, c’est surtout parce qu’il y en a tellement qu’on ne peut pas voir autre chose ! énonça-t-il avec un léger ton moqueur.
- Méchant ! »
Khelya accompagna sa réplique d’un coup de coude absolument pas douloureux dans les côtes du jeune homme, lequel ne put que s’excuser en retenant un autre rire. Nul doute qu’il était lui aussi sensible au génie créatif de son paternel, mais la démone pensait simplement qu’il ne voulait pas l’admettre. Il fallait avouer que le hall était … pour le moins déroutant. D’autres curiosités abstraites étaient remarquables, en plus du fameux chemin invisible. Néanmoins, elle n’eut certainement pas le temps de toutes les déceler, leur nombre étant sans doute bien trop élevé pour les mettre à jour en totalité sans compter ses recherches en heures, voire en jour, qui savait ? En tout cas, après s’être attardé un bon moment dans le Hall de l’abstrait, Cyranu et Khelya quittèrent les lieux pour continuer vers la suite de l’exposition …

« Œuvres de jeunesses ? questionna la démone.
- Je crois que oui ! répondit le phénix. »
Plus tard, ils étaient arrivés à un tout autre registre. En effet … La salle, aux murs bleu nuit et ornementées de rideaux tirés en plus de tableaux, offrait dans une ambiance bon enfant l’exposition de nombreuses toiles aux traits aussi incertains que l’auraient été ceux d’un artiste en herbe qui était en pleine découverte de lui-même.
Et il y avait de tout, d’ailleurs. Dans ce style inconstant du jeune peintre, on retrouvait des représentations d’à peu près tout et n’importe quoi, ce qui semblait résumer par prospection tout ce qui serait dessiné et peint dans les années à venir. C’était … Tout à fait mignon et charmant. Même Cyranu semblait emporté par cette atmosphère d’enfance sereine et épanouie, lui qui d’habitude était si mesuré, le voici qui souriait sans retenue face à tous ces tableaux dont les erreurs et esquisses bancales constituaient des œuvres d’art à elles toutes seules. Khelya ne réprimanda pas son rire en remarquant du coin de l’œil son attitude béate, ce qui valut au phénix un rougissement à la fois de gêne et de honte qu’il ne parvint pas non plus à contenir.
Ces œuvres de jeunesse, si elles n’étaient pas exceptionnelles de qualité comparées aux précédentes mises en avant, avaient toutes ce charme étrange qui provoquait l’attendrissement chez celui qui les regardait. Il y avait d’ailleurs pas mal de gens, dans la salle bleu nuit.
« Juste pour savoir, c’est à quel âge qu’il a commencé à peindre ? demanda la démone.
- Je ne sais pas exactement. Je crois … si ma mémoire ne me fait pas défaut … qu’il a commencé ses premiers gribouillis dès l’âge de quatre ans. Mais ses premières œuvres « sérieuses », ici exposées, n’ont pas dû être tirées avant qu’il n’ait atteint sa première dizaine.
- Je vois … Un petit génie précoce, tiens … Je me demande si Erya et lui feraient une bonne équipe. »
Cyranu chercha quelque chose à répondre, sans doute que l’expérience était à tenter, mais sa réflexion fut interrompue par l’entrée dans son champ de vision d’un certain tableau. Khelya aussi eut tôt fait de le remarquer. Il était … particulier. On ne savait pas exactement en quoi, mais, il avait quelque chose … Plus que les autres …
Mon compagnon. Tel était son titre. Il représentait, sur un fond noir comme l’abysse, ce qui semblait être comme un étrange homme au corps et aux attributs félins. Comme les deux oreilles de chat qui jaillissaient de ses noirs et nombreux cheveux en bataille, par exemple, ou les énormes griffes qui brillaient sur les grosses mains couvertes de fourrure qui devaient être ses pattes. Il était affublé d’une tunique en lambeau, et de ses yeux ambrés en amande, il toisait du haut de son tabouret haut d’un mètre la salle d’un air malicieux. Le sourire qui ornait son visage pâle et arrondi confortait cette impression d’espièglerie maligne qui devait faire la force du personnage, aussi attachant que mystérieux et insaisissable.
Un vrai sourire de Chat du Cheshire.
« Il est particulièrement réussi, celui-là, apprécia la jeune femme. Tu ne trouves pas ?
- Si, c’est vrai. C’est peut-être l’un de ses tous premiers grands succès. A partir de là, je crois qu’il commençait à entrevoir le style qui lui seyait.
- Oui … Il ressemble beaucoup aux tableaux qu’il y a dans le manoir de tes parents. Bizarre qu’il ne se soit pas attaché directement à ce style … »
Cyranu ne put que hausser les épaules, et prétexta que son père avait sans doute voulu explorer d’autres horizons avant de se sédentariser définitivement dans les tonalités mi-réalistes, mi-fantastiques. Et ce fut sur ces entrefaites que le phénix et la faucheuse quittèrent la salle des œuvres de jeunesse, marchant au pas lent et mesuré de leur promenade vers la suite de la galerie aux infinies surprises.
Aucun des deux, ni qui que ce soit dans la salle, ne remarqua le sourire de l’homme-chat s’élargir tandis que ses pupilles s’orientaient lentement vers le couple s’éloignant …

« Tu ne vas pas me faire croire qu’il n’a pas fait celui-là juste pour l’occasion ?
- Euh … Non, je ne crois pas en effet … »
Après quelques autres traversées de galerie, ils étaient arrivés à une vaste salle carrée et carrelée de blanc. Au beau milieu de celle-ci … se trouvait peint sur au moins quarante mètres carrés ce qui était un énorme trompe-l’œil. La fresque terriblement réaliste représentait un fond marin sombre, chargé de bulles d’oxygène émanées des profondeurs, depuis un plancher océanique trop lointain pour l’apercevoir. Un énorme poisson, proprement terrifiant, illuminait le tableau de la glande lumineuse qui surplombait sa gueule, suspendue à un fil semi rigide. Un de ces fameux spécimens abyssaux qui avaient évolué de manière à s’adapter parfaitement à leur milieu … Entre les nuances sombres et aquatiques de ces vingt mille lieues sous les mers, le poisson ouvrait sa gueule chargée de dents immenses, comme prêt à bondir hors du tableau pour venir dévorer les visiteurs de la salle. Heureusement, un long cordage rouge suspendu par des poteaux mobiles encadrait le trompe-l’œil, faisant office de cadre et empêchant quiconque de marcher dessus ou de se faire avaler. Malgré tout, l’illusion n’était réellement frappante que quand on se tenait face à la chose, devant le présentoir qui donnait le nom de l’œuvre et un petit paragraphe associé. L’Abysse des Profondeurs, titre qui résumait si bien la création en question.
Un monde où l’Homme ne tiendra jamais … Pour réaliser ce monde, j’ai décidé de le graver à l’intérieur-même de ma toile.
« Sa toile …? répéta Khelya en écho au paragraphe. C’est bizarre, pourquoi l’a-t-il peint à terre, dans ce cas ?
- Je ne sais pas trop … Peut-être qu’il entendait autre chose par « toile ». Le raisonnement de mon père m’échappe, par moments. »
Il n’y avait guère plus de choses à dire. La salle en elle-même, hormis l’Abysse des Profondeurs, affichait une sélection des œuvres parmi les plus réalistes de Baldrick. Comparé aux autres pièces qui affichaient des œuvres en surnombre, celle-ci semblait plus modeste au niveau de la quantité. Il n’était pas difficile de deviner que le réalisme n’avait pas été le dada de l’homme en question, même si les tableaux exposés étaient criants de vérité. Par exemple, un qui retint spécialement l’attention de Khelya, représentait un vase posé sur une commode, plaquée contre un mur. Les détails minutieux qui avaient été apportés donnaient une impression bluffante. Le bleu cyan du réceptacle, épais en ampoule vers le bas et rétréci en col vers le haut, se démarquait du rosâtre du mur aux lézardes discrètes mais bel et bien réelles. Une goutte d’eau tombait depuis un ciel invisible vers l’intérieur du pot, le tout dans une dimension si inexplicablement attirante qu’elle en devenait agréable. Eternelle Bénédiction était plaqué en-dessous du cadre, seule chose susceptible de rappeler qu’il ne s’agissait que d’une toile de peinture, et rien de plus.

En continuant la visite, la faucheuse et le phénix eurent le loisir d’admirer de nombreuses autres choses. Baldrick aimait dessiner des paysages, tout particulièrement. Des vastes plaines verdoyantes aux mondes dévastés en ruines, en passant par les tourbillons de lave et d’eau en affrontement, les visions contemplatives du peintre n’en finissaient pas de surprendre. Ce n’était pas tout, cependant : il était également possible d’observer de nombreuses créatures étranges, évoluant tantôt dans leur environnement, tantôt dans le psychédélisme cubique, tantôt dans … dans le vide le plus total, un nacre d’une blancheur immaculée. En marchant dans l’un de ces couloirs qui exposaient des bêtes toutes plus étonnantes les unes des autres, Khelya sentit soudain deux mains lui passer devant les yeux, et sa vision se couper brutalement en conséquence. Elle s’arrêta subitement, surprise.
« Qu’est-ce que tu fais ? fit-elle.
- Ne te pose pas de question et avance … Tu me remercieras plus tard … »
La voix de Cyranu était assez sérieuse, presque inquiète. La démone se posa des questions dans le même registre, mais se contenta d’obéir, incertaine. Ainsi, le couple passa devant le tableau impressionnant d’une gigantesque mygale à la gueule monstrueuse qui faisait fuir tous les visiteurs passant à côté. Le phénix n’avait aucune idée de ce qui était passé par la tête de son paternel au moment où il avait tiré cette image, et ne voulait pas le savoir : une chose était sûre, il valait mieux préserver sa moitié de cette vision. Lui-même avait du mal à regarder la toile en question sans sentir ses cheveux se hérisser …
« Voilà, et ne te retourne pas surtout. »
Le jeune homme retira ses mains des yeux de sa chère, laquelle ne comprenait pas trop où il avait voulu en venir. Malgré ses questionnements suspicieux, Cyranu ne répondit pas et contenta de sourire dans le vide, au grand désarroi de la démone. Heureusement, les nombreux autres tableaux qui succédaient à celui de l’araignée géante eurent tôt fait d’occuper les yeux comme les pensées de Khelya …
Au bout du couloir se trouvait encore une nouvelle salle. De retour dans le sempiternel style mi-fantastique, mi-réaliste, ces œuvres-ci étaient plus récentes et affichaient la véritable patte connue de l’artiste. La pièce s’étendait en longueur, comme un grand et très large couloir, qui offrait plusieurs voies possibles – dont une qui signalait la suite de la visite –. Combien de temps cela faisait-il qu’ils marchaient dans la galerie, d’ailleurs ? Plusieurs heures, peut-être. Ils n’avaient plus trop la notion du temps, ici …
« Dis-moi … fit alors Cyranu. Tu les aimes vraiment, les tableaux de mon père ?
- Oui, bien sûr ! répondit-elle sans hésiter. Ils ont tous quelque chose de prenant, je ne sais pas exactement quoi … Comme s’ils étaient chargés d’amour. Et même s’ils sont parfois très différents les uns des autres, je les adore … Ils sont vraiment magnifiques !
- … Ahah … je vois …
- Qu’est-ce qu’il y a ? »
Le phénix au regard planté dans le sol sembla soudain émerger de sa rêverie, surpris. Khelya soutint son regard, tout aussi étonnée. L’air un peu ahuri, il secoua la tête, laquelle avait dû se retrouver une nouvelle fois dans les nuages, pour ne pas changer. Cyranu se contenta alors de sourire, heureux. La démone ne put pas obtenir grand-chose de plus de lui, mais c’était déjà pas mal … Les deux se remirent à visiter la galerie, ensemble, progressant dans la salle en contemplant les tableaux …

Alors qu’elle regardait une toile représentant une troupe de chats tout simplement adorables, la jeune femme sentit soudain sa manche être tirée par la main de Cyranu, et tourna la tête vers lui. Il lui désigna alors une direction du regard, l’air enjoué. Approchant depuis l’une des issues, il y avait …
« C’est …! murmura Khelya. »
Le couple remarqua que la personne qui s’approchait leur faisait signe, de grands signes d’ailleurs, et avait l’air enthousiaste. Enthousiasme qui se partagea bien vite, car les deux affichèrent à leur tour des sourires sur leur visage, et rejoignirent l’homme sans plus tarder. Habillé de manière riche et présentable, il les accueillit de manière la plus discrète qu’il pouvait, essayant de ne pas attirer l’attention autour de lui. ( ♫ )
« Bonjour, les enfants ! annonça-t-il. La promenade se passe bien ?
- Elle est excellente, papa, répondit Cyranu. On s’amuse bien.
- C’est le cas de le dire, m’sieur ! rajouta Khelya.
- Bien, bien … Essayez juste de ne pas faire trop de bruit, ce serait bête de se retrouver assaillis de demandes d’autographes …
- Pourquoi faisais-tu de grands gestes, alors ? questionna le phénix, dubitatif. »
Baldrick afficha une expression blanche pendant quelques secondes, ce qui manqua de provoquer l’hilarité du couple. Fort heureusement pour eux, les visiteurs qui se trouvaient dans la galerie à ce moment-là étaient plus dispersés, et à vrai dire, peu d’entre eux avaient remarqué l’homme débarquer de nulle part, absorbés dans la contemplation des tableaux …
« Bon euh, je voulais juste que vous me remarquiez, à vrai dire, s’expliqua-t-il. J’ai terminé ma conférence et cela fait un moment que je vous cherche …
- Ah oui, alors cela s’est bien passé ? questionna Cyranu, curieux.
- Oui, assez bien, en effet. Mais, elle n’est pas tout à fait terminée. Je crois que je vais avoir besoin d’un peu d’aide …
- … Comment cela ?
- Héhé, hé bien, va falloir que tu viennes me donner un coup de main, fiston ! répondit Baldrick sans ambages.
- Hein ? laissa échapper Khelya. »
Le concerné aussi semblait assez surpris, mais Baldrick les rassura avec un clin d’œil.
« Vous inquiétez pas, j’en aurais pour une demi-heure maximum. Le temps que Cyranu réponde à quelques questions et explique son ressenti en tant que mon fils, et il pourra repartir. Je suis désolé, j’aurais bien aimé prévenir à l’avance, mais … Enfin … Ca ne vous dérange pas ? »
Le couple se consulta du regard, l’air toujours pris au dépourvu. C’était assez soudain, tout de même … Après un échange oculaire suffisamment long, Khelya finit par hausser les épaules, et fit un sourire au jeune homme.
« Allez, tu vois bien que ton père a besoin de toi. Va t’amuser !
- … Très bien, mon amour. A tout à l’heure …
- N’hésitez pas à continuer la visite, mademoiselle Inghan, conseilla Baldrick. Je vous rendrai Cyranu dès que j’en aurai terminé. »
Elle acquiesça, cachant sa légère déception. Tandis que le peintre repartait de là d’où il était venu, le phénix eut un sourire un peu gêné vis-à-vis d’elle, puis lui adressa un dernier signe avant d’aller rejoindre son père. Khelya lui répondit, un peu dans le vague … Et ne le lâcha pas des yeux, jusqu’à ce qu’il disparaisse une minute plus tard, derrière l’angle d’un couloir lointain. Décidément … Les choses n’allaient pas toujours comme prévu …
Enfin, elle n’allait pas se plaindre non plus. Elle passerait simplement les trente prochaines minutes ici, attendant le retour de Cyranu, et referaient le tour des tableaux avec lui quand il reviendrait. Ainsi, la démone emprunta l’une des issues de la galerie, et continua sa route, seule …

Ici, c’était vraiment le style de marque de Baldrick qui était exposé. Certes, toutes les toiles précédentes avaient été agréables et intéressantes à contempler, mais celles-ci … Elles avaient encore plus de charme. C’était comme un tout nouveau monde qui s’ouvrait à elle …
… A elle, oui … Elle aurait bien aimé que Cyranu soit là, à côté d’elle, pour le découvrir en même temps. Sans son phénix … La promenade perdait de son intérêt. C’était tout de suite moins palpitant … C’était dans ces moments-là que Khelya se rendait compte qu’elle s’amusait beaucoup moins, une fois qu’elle se retrouvait seule. Ainsi, elle continua sa route dans un long corridor, agrémenté d’autres peintures, qui lui semblaient tout d’un coup beaucoup moins passionnantes à contempler …
Elle marcha pendant un long moment, en ligne droite, à jeter des coups d’œil rapides à ce qui l’entourait. Le corridor semblait bizarrement interminable, et la lumière s’affaiblissait au fil de sa progression. Enfin, ce n’était sans doute qu’une impression. Les peintures étaient toujours bien tirées, mais … A part cela … Il n’y avait personne, d’ailleurs, ici ? Maintenant qu’elle y faisait attention, oui, c’était vrai : elle était la seule à se trouver dans ce couloir. A croire que personne n’avait envie de voir ce qui s’y trouvait. C’était bête, quand même … Dire qu’elle aurait pu se retrouver seule, avec le phénix dans ce long corridor, où seuls eux deux existaient … Cela aurait été l’endroit idéal pour lui envoyer sa riposte, à son baiser de tout à l’heure …
… C’était la fin ? Oui, le couloir prenait fin. C’était le bout, et un seul, grand et unique tableau prenait la place. Il était en style portrait, assez haut, sans doute de deux à trois mètres. Vu de loin, il … représentait …
La démone plissa les yeux alors qu’elle s’approchait. Qu’est-ce que c’était que ce tableau ? Il y avait quelque chose … de bizarre … Elle s’arrêta une fois toute proche. Il s’agissait d’une représentation de ce qui semblait être une chambre. Un lit simple, vu en plongée, se trouvait dans une pièce toute de bois faite et à l’éclairage tamisé, presque sombre. Une commode se trouvait à droite du tableau, et une simple bougie se trouvait allumée dessus. Le lit en lui-même, aux draps blancs, était fait mais il semblait légèrement froissé par endroits. Par une seule et unique fenêtre, dont on voyait à peine le coin inférieur droit, il était possible de voir qu’il faisait totalement nuit, à l’extérieur. C’était une peinture dans les mêmes tonalités que les précédentes, mi-réaliste mi-fantastique, mais … Il y avait … comme une incroyable aura de mélancolie qui s’en dégageait. Un peu mal-à-l’aise, et prise d’une inexplicable tristesse, Khelya regarda alors le titre du tableau, en-dessous. Légende désirée.
Encore un de ces fameux tableaux titrés avec le mot « Légende » …? C’était bizarre, car l’ambiance apportée par la fameuse toile était loin d’être épique … Elle prenait presque au cœur, de manière inexplicable … Une immense et poignante impression de vide. Aussi longtemps que les yeux de Khelya restèrent rivés dessus, cette idée ne put pas lui sortir de la tête …
Après avoir passé un long moment à contempler le tableau, elle ferma néanmoins les paupières et prit une profonde inspiration. Ce n’était pas la peine de s’éterniser ici, de toute manière. Résolue, elle tourna alors les talons, et se dirigea vers la sortie du corridor. Ses bruits de pas résonnant la menèrent vers la sortie, sous la lumière toujours affaiblie des lieux, qui a contrario, commençait maintenant à reprendre en intensité …

Il ne devait rester guère plus de vingt mètres avant la sortie du couloir quand tout d’un coup, la vision de Khelya vira complètement au noir.
« … Hein ? »
Des clignotements de lumière lui firent comprendre qu’un problème électrique devait avoir lieu dans la galerie. C’était toutes les ampoules qui venaient de s’éteindre d’un coup, et qui tentaient plus ou moins de se rallumer à présent. Sans réel succès, car elles s’éteignaient presque immédiatement à peine rallumées. Puis, soudain … Ca s’arrêta.
Ce n’était pas revenu à la normale. Les lampes n’étaient plus éteintes, mais … Elles n’étaient pas exactement allumées non plus … Elles étaient comme passées en mode « veilleuse ». Il faisait très sombre, mais assez clair pour y voir devant soi. Mais ce qui frappa le plus Khelya, tout d’un coup, c’était le silence qui avait envahi les lieux. Ils étaient pourtant remplis de gens il n’y avait même pas dix minutes, quand elle était entrée dans le couloir … Pourquoi la lumière ne revenait pas à pleine intensité d’ailleurs ?
Inquiète, la démone sortit du corridor, et ses bruits de pas furent la seule chose qu’elle entendit. Le silence était … total. Elle regarda autour d’elle, aidée qu’elle était de son léger don de nyctalopie. Mais, étrangement, ça ne semblait pas y faire grand-chose ici … La pénombre était presque impénétrable. En revanche, pour le peu qu’elle y voyait, une chose était presque certaine : il n’y avait plus personne. Où étaient-ils donc tous passés ?
« … Oooh héééé ! appela-t-elle. Y’a quelqu’un ? »
Pour toute réponse, un gros bruit retentit juste devant elle. Elle fut prise d’un soubresaut et recula de quelques pas, soudain très tendue. Ce qui avait retentit ressemblait à … De la peinture que l’on aurait soudain frappé au sol, avec force. Et d’ailleurs, juste à l’endroit où le bruit s’était déclenché … Il y en avait, de la peinture. Plus, même.
Il y avait des mots.
Viens avec nous Khelya, nous te montrerons un endroit secret !
« Qu-… Quoi ?! »
Son nom … Son propre nom, écrit en peinture bleue, là, au sol, sur le carrelage blanc. Qu’est-ce que c’était que ce délire ?! Stressée, la démone serra les poings et regarda autour d’elle, à la recherche de ce qui avait pu provoquer ce phénomène inexpliqué. Et sur la défensive, aussi. Elle tourna la tête à toute vitesse dans cette direction quand un nouveau bruit retentit, devant elle, à plusieurs mètres. Elle n’hésita pas à dégainer ses deux petites faux qui se trouvaient à sa ceinture, totalement prête à réagir en cas de problème, et rejoignit le lieu du son : cela avait été deux bruits de pas. Elle avança … Encore … Là. Il y avait … Deux traces de pas. En bleu, toujours, de la peinture … fraîche ? Khelya s’abaissa et toucha prudemment l’une des empreintes du bout du doigt, tenant toujours sa faux en main : oui, elle était fraîche. Aussi fraîche que du sang chaud, même si la texture était bien différente.
Encore des bruits de pas. Plus répétés, cette fois. Puis, encore ce bruit de peinture frappée sur un support, provenant d’un mur. Toujours sur le qui-vive, la démone avança prudemment, toujours dans l’incompréhension presque totale.
« Qu’est-ce qu’il se passe, ici …? murmura-t-elle. »
Les bruits de pas s’estompèrent au bout de quelques dizaines de seconde. Elle arriva alors, non sans crainte, près de l’endroit où la peinture avait été envoyée sur le mur. Un nouveau message, mais, en lettres rouges …
N’aies pas peur. Descends nous rejoindre …
Un son d’écoulement très rapide. La démone se tourna à sa droite, et son cœur fit soudain un bon dans sa poitrine. Retenant un cri de stupeur, elle fit plusieurs pas en arrière, ne lâchant pas le tableau des yeux. Il … Il venait de … se recouvrir de peinture rouge coulant du bord supérieur de son cadre. Entièrement. Les gouttes de peinture coulaient à présent hors de celui-ci, sur le sol, se répandant dans une mare lugubre …
… C’était … C’était vraiment de la peinture, ça ? Ce n’était pas du … Dans le doute, Khelya s’approcha avec toutes les précautions du monde, et inspecta aussi loin que possible le liquide pourpre. Oui … C’était bien de la peinture, et pas du sang. Mais … Ca y ressemblait à s’y méprendre … Qu’est-ce que c’était que ce bordel ?

Khelya était perdue, mais elle ne pouvait pas simplement rester là. Elle se tourna vers les empreintes bleues répandues au sol … Et prit une profonde inspiration. Toujours armée de ses deux faux, elle s’avança avec prudence pour suivre la trace de la piste. Si quelqu’un avait bel et bien laissé ces empreintes par terre, il devait bien s’être rendu quelque part …
Elle traversa de nouveau le couloir aux peintures réalistes que Cyranu et elle avaient emprunté pour venir. Mais cette fois … Tous les tableaux affichaient du noir. Un noir d’encre, total, qui ne laissait plus rien d’affiché. La démone n’y comprenait rien … Qui s’était donc amusé à vandaliser les œuvres de Baldrick ? Est-ce que cela était vraiment l’œuvre d’une personne seule … Ou bien, était-ce un phénomène complètement étranger à l’action des gens qui se trouvaient jusqu’alors dans cette galerie ? Elle n’était tout de même pas en train de délirer non plus, quand même ? Si elle devenait folle, ce serait autre chose … Mais en attendant, elle devait essayer de retrouver quelqu’un, et ne pas rester plantée sans agir dans son coin. Elle ne craignait pas les ennemis vivants, ni les morts d’ailleurs, mais c’était une dimension complètement différente d’imaginer d’avoir à se battre contre quelque chose qu’elle ne comprenait pas. Aussi espérait-elle qu’elle n’aurait pas à faire usage de ses armes …
… La revoici qui se trouvait dans la grande salle aux œuvres réalistes. Toujours, les tableaux étaient noirs d’encre, ne laissant rien à voir. Tous, sauf … Sauf le grand trompe-l’œil au centre. Les pas menaient … jusqu’à … Khelya s’arrêta devant les dernières empreintes qu’il restait, affichant une expression on ne peut plus suspicieuse, et incertaine. Les traces … S’arrêtaient … Juste devant le grand cordage qui faisait le tour de la fresque de l’abysse. Mais pire, encore.
Elles s’arrêtaient entre deux poteaux entre lesquelles le cordage avait été retiré. Rien ne séparait l’espace de la fresque au reste de la salle, en ce point. Comme une porte à présent ouverte …
Khelya s’avança prudemment près du grand tableau peint au sol, regardant les profondeurs marines visibles. Le poisson abyssal n’était plus là … Et … La peinture semblait bizarre. Comme si elle n’était pas fixe. Comme si elle … bougeait. Qu’est-ce que c’était que ça …? La démone tendit un pied au-dessus de l’eau, doucement … Et l’abaissa, de manière à tâter légèrement la peinture qui se trouvait par terre.
C’était pas de la peinture.

« AAAAH !!!! »
Khelya se sentit tout d’un coup aspirée par le tableau, comme si quelque chose avait soudain accroché son pied et l’avait tirée vers les profondeurs. Oui, c’était … C’était VRAIMENT de l’eau, et plus de la peinture !! La jeune femme plongea d’un seul coup dans l’océan qui venait de se révéler, et sa tête fut engloutie en moins d’une seconde, interrompant son cri de surprise. Sous l’eau, elle se débattit comme elle put, dans une totale incompréhension de ce qui lui arrivait. Les couleurs sombres dansaient, les lumières et les bulles d’eau filaient autour d’elle dans une danse à donner la migraine. Incapable de respirer, la démone sentit son corps se faire compresser par une pression aquatique abominable, comme si elle avait été bel et bien projetée à plusieurs kilomètres sous les mers. Elle … Elle allait mourir …? C’était pas possible … Pourquoi elle … elle s’était faite avoir comme ça …? Pourquoi est-ce qu’elle n’avait rien pu faire, pourquoi est-ce qu’elle ne pouvait rien faire … Pour remonter …? D’ailleurs … Elle était bien incapable de se représenter où était la sortie …
Quelle horreur … Elle était complètement perdue, et elle sentait son corps se faire écraser littéralement par la pression de l’eau … C’était … insoutenable … Dans la foulée, sans s’en rendre compte, elle lâcha ses faux, incapable de les tenir davantage. Elles quittèrent sa portée, perdues dans les abysses … Khelya se sentit lentement partir, à son tour … Pourquoi … Est-ce que cela … était arrivé … comment … Pourquoi …
… Cyranu …
« … »
Elle prit alors une profonde inspiration et sentit toute la pression de l’eau s’annuler d’un seul coup. Surprise mais ne s’en plaignant pas, elle remplit ses poumons d’air frais et se sentit soudain tomber. Elle ouvrit les yeux … Et vit le sol se rapprocher à toute vitesse. Une pulsion parcourut son échine, alors qu’elle lançait ses bras en avant, pour essayer de se réceptionner. Elle y parvint, non sans mal, et termina sa chute au sol dans une puissante douleur aux mains et avant-bras.
Khelya roula alors de côté, restant étendue au sol, inspirant et expirant à toute vitesse, la poitrine en feu. Elle … Elle sentait le sang pulser dans ses tempes, et elle était vidée de ses forces … Au-dessus d’elle, ses yeux fatigués n’aperçurent qu’un plafond bleu sombre, ne laissant aucune possibilité pour elle d’être tombée de là, et encore moins d’explication quant à ce qu’il venait de se passer. Bon sang … Qu’est-ce qu’il lui arrivait … Elle continua de respirer à cadence soutenue, attendant que ses sens lui reviennent. Ce fut à ce moment-là qu’elle se rendit compte de deux choses. D’une, elle avait bel et bien perdu ses deux faux. De deux … Elle n’était pas mouillée. Elle était même totalement sèche …
La démone finit par reprendre son souffle, et se redressa, se mettant en position assise, en tailleur. L’air las, elle regarda ce qui lui faisait face, décrivant l’endroit avec le maximum que sa lucidité lui accordait.
( ♫ ) Elle se trouvait dans une espèce de pallier totalement encadré par trois murs, derrière elle et sur ses côtés. Devant, ses yeux lui permirent de voir … Qu’un grand escalier descendait vers des profondeurs insondables, dans un grand couloir descendant vers une porte lointaine et unique. Tout était de bleu sombre, et rien d’autre n’était visible. Aucune lumière n’était présente, et pourtant il était parfaitement possible d’y voir clair. Et le silence … Etait complet. Une impression de malaise, de solitude et de peur, s’empara d’elle lentement pour la plonger dans l’angoisse …
« Où … Où suis-je …? »
Nul ne put lui répondre. Perdue dans cet endroit qui lui était totalement inconnu, Khelya sentit son cœur se serrer à l’idée que rien de ce qu’elle connaissait ne l’attendait plus loin …


Fin du prologue.
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MessageSujet: Re: [Fiction Bonus] De l'autre côté du tableau   Mer 24 Avr - 20:07

( ♫ ) Une profonde bouffée d’air emplit les poumons de Khelya, alors qu’elle se relevait et étirait ses muscles encore secoués par l’épreuve qu’elle venait de traverser. La démone considéra le bas de l’escalier qui lui faisait face, l’œil méfiant et incertain, mais surtout les paupières encore chancelantes de fatigue. Elle tourna la tête à droite, puis à gauche, examinant les murs d’un peu plus près. En se rapprochant, elle posa la main dessus. Il était froid … Froid comme un cadavre. Et vide de toute irrégularité … Il était comme parfait, affichant une surface de bleu sombre unie et stérile. C’était franchement bizarre …
Elle leva la tête une nouvelle fois, pour tenter d’apercevoir au plafond une quelconque issue par laquelle elle aurait pu arriver. Mais il n’y avait rien, la surface supérieure étant elle aussi dépourvue de toute autre trace que sa couleur silencieuse. Khelya passa quelques secondes à faire le tour des murs du pallier, lesquels ne faisait pas plus de trois mètres de long, avant de se rendre à l’évidence : elle n’avait pas trente-six chemins à emprunter …
« Bon … Je vais pas m’enraciner ici … »
Elle soupira, puis refit face à l’escalier qui descendait vers les profondeurs. Une volée d’une quarantaine de marches descendait, avec un simple pallier intermittent, jusqu’à la porte de bois brun tout en bas. La jeune femme serra les lèvres, puis se mit à descendre doucement les marches, une à une. Elle n’avait franchement pas confiance, après tous ces phénomènes bizarres. Si ça se trouvait, d’une seconde à l’autre, une nouvelle marque de peinture allait être frappée par une force invisible sur le mur, affichant un nouveau message de nulle part. Et le fait de ne pas pouvoir prévoir cela la rendait nerveuse …
Pourtant, elle eut beau descendre dix, puis vingt marches, rien de caractéristique ne sembla se passer. Ca semblait presque étrange, après tous ces événements inexplicables. Enfin, mieux valait ne pas crier victoire trop vite : à moins que les parois ne soient phosphorescentes, elle ne s’expliquait toujours pas d’où venait la lumière qui la guidait dans ce couloir-escalier. Tant qu’elle voyait où elle marchait, elle n’allait cependant pas s’en plaindre … Ainsi, elle parvint tout en bas sans le moindre problème, et fit face à la porte quelques instants plus tard. Une porte de bois simple, ornée de motifs carrés et rectangulaires sur sa surface … Mais, pas de …
« Où est la poignée ? »
Pas de gonds non plus, quand elle regardait de plus près. C’était … Minute …
Khelya serra les dents quand, en posant la main sur la porte, elle se rendit compte qu’il s’agissait d’une surface totalement plane. Et aussi froide que l’étaient les murs. Tout simplement parce que c’était … Un trompe-l’œil. Hurlant de réalisme.
C’est pas vrai … Elle était donc coincée ?! Elle tenta de tâter les rainures latérales de la porte peinte, chercha partout un quelconque système, bouton caché dans le tas, mais il n’y avait rien de tout ça. Elle retint un juron, et ferma les yeux, frustrée. Il devait bien y avoir un moyen de sortir d’ici …

« Nyéhéhéhé … Quelle impolitesse … »
Khelya rouvrit soudain les yeux, regardant la porte devant elle. Elle manqua de faire un bond en voyant que deux gros yeux globuleux s’étaient soudain ouverts sur le faux panneau de bois, accompagnés d’une bouche qui semblait comme déchiquetée et garnie de quelques dents triangulaires en désordre. La démone considéra le grossier visage nouvellement apparu, prenant une certaine distance.
« Qui êtes-vous ? s’enquit-elle, sur la défensive.
- Moi ? Qui je suis ? répondit la voix suave et irrégulière de la porte. Héhéhéhéh, la question EST : qui « TU » es ! Moi, ça se voit, ou ça ne se voit pas, je ne suis qu’une peinture, une vulgaire peinture … Suffisamment douée, ou non, pour tromper les hommes et les femmes, nyéhéhéhéh … »
La jeune femme dévisagea la chose, pas sûre de bien savoir de quelle manière réagir. Un trompe-l’œil qui parlait, c’était nouveau. Et la manière dont il faisait usage de sa parole ne la rassurait pas réellement, ce qui était sans doute l’effet escompté par cette espèce de … créature insondable … Et elle n’aimait pas vraiment son rire lubrique non plus.
« Vous pourriez me dire où je suis, par le plus grand des hasards ? reprit-elle.
- Nyéhéhé … Tu ne me croirais pas si je te le disais, et je ne me croirais pas non plus si je te le disais. En conclusion, personne ne sait, personne ne saura ! Héhéhéh …
- Et il n’y a pas moyen de sortir d’ici ?
- Si si, il y a un moyen, bien entendu ! Tu veux bien me passer, n’est-ce pas, héhéh ? »
Passer cette porte … Si c’était possible … Khelya ne trouva rien de mieux que d’acquiescer, gardant toujours sa distance de deux mètres de sécurité.
« De la politesse te sera demandée, ma chère, dans ce cas ! Nyéhéhéh …
- De la politesse ? Comment ça ?
- Héhéh … Essaie, pour voir, et nous verrons ! »
Chouette, des énigmes. Il ne manquait plus que ça, maintenant. Pourquoi ne pouvait-elle pas tout simplement lever le talon et l’enfoncer dans la porte en question, plutôt que de se creuser la tête ? Enfin … Elle avait beau penser, mais ce n’était pas abattre son pied dans le mur qui allait y faire grand-chose …
« … S’il vous plait, pourrais-je passer ? tenta-t-elle.
- Nyéhéhé … Non, c’est pas de cette politesse-là, que je veux ! »
Elle tiqua. Qu’est-ce que cette foutue porte voulait lui faire passer, comme message ? Elle n’avait vraiment que ça à foutre de ses journées ? Frustrée, Khelya croisa les bras et réfléchit. Il restait toujours l’option d’appeler Abysse à elle et de tout simplement défoncer le mur avec, mais elle n’était pas tout à fait sûre de si les règles de ce lieu étaient les mêmes que celles du monde qu’elle venait de quitter. Donc, il valait mieux au moins essayer de résoudre l’énigme de ce truc … De la politesse, donc. Elle avait tenté avec des mots, mais ça ne marchait pas. Peut-être fallait-il une autre formulation ? Hm … La porte avait dit que ce n’était pas de cette politesse « là » qu’elle parlait. Alors, quel genre de politesse lui faudrait-il ? Un bon coup de pied dans les dents ? Non, à éviter … Peut-être fallait-il s’incliner devant elle ? Et puis quoi encore, elle n’allait pas s’incliner devant une porte ! Quoique … Elle n’avait pas vraiment le choix … Ainsi, un peu à contrecœur, Khelya essaya de tirer sa révérence envers le trompe-l’œil.
« Nyéhéhéhé, t’es mignonne ma jolie, mais ça marchera pas non plus ! s’amusa la porte.
- Toi … »
Elle se redressa et serra les poings. Cela faisait à peine quelques minutes qu’elle parlait avec cette chose et elle en avait déjà marre. Tant pis, autant opter pour la solution « Abysse ». Mais pouvait-elle vraiment dégager une issue comme ça ? Elle ne savait pas quelle épaisseur avait le mur, au niveau de la porte. Quoique, elle pouvait évaluer cela en frappant dessus, et en examinant l’écho. Mais …
… Frapper ? Comme … Mais … Mais oui, bien sûr !
Khelya ravala sa salive, et s’approcha de la porte. Les yeux la suivirent, avec cet air un peu malsain qu’elle avait du mal à soutenir, jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’à un demi-mètre du trompe l’œil. Le petit rire sous-jacent de la chose était encore plus audible ici, mais …
La démone leva alors le poing, et donna trois coups secs sur ce qui était le panneau du trompe-l’œil. Un son de bois et de paroi fine retentit, comme si le trompe-l’œil était bel et bien une porte et pas un trompe-l’œil …
« Bah voilà, c’était pas compliqué, nyéhéhé ! pouffa la chose. Rappelle-toi, toujours frapper à la porte avant d’entrer, toujours ! »
La porte s’ouvrit alors sans prévenir, s’effaçant de Khelya et révélant une issue menant sur un nouveau couloir qui allait de gauche à droite. La démone haussa les sourcils.
« Mais … où suis-je, à la fin ? »
Ca n’allait pas être la porte qui lui répondrait. En effet, le visage qui était dessus avait disparu. Tout comme le rire et les paroles mystérieuses, comme s’ils n’avaient jamais existé …

Khelya poussa un soupir, puis passa l’issue nouvellement dégagée. Ici … Deux choix. Soit à gauche, soit à droite : le couloir formait en gros un « T » avec le précédent. En refermant la porte, elle se rendit compte non sans un certain dégoût qu’il y avait bel et bien des gonds et une poignée de ce côté-ci. Enfin, maintenant, ça n’allait plus lui servir à grand-chose, elle savait bien que la sortie ne se trouvait pas par-là. En parlant de sortie … C’était ça qu’elle cherchait. Donc, après un petit temps de réflexion, la démone prit à droite.
Elle marcha alors un long moment. Sur le chemin, le couloir restait identique à ce qu’elle avait vu précédemment, le sol, les murs et le plafond peints – étaient-ils vraiment peints ? – de ce bleu sombre uni. Vingt mètres … Cinquante mètres … Cent mètres … C’était encore long, comme ça ? En jetant un œil en arrière, elle se rendit compte qu’elle ne voyait même plus la porte qu’elle avait quittée plus tôt. Et devant … C’était comme un couloir infini. A moins que ? Il y avait quelque chose, sur le mur, à droite. Curieuse, Khelya arriva jusque là, et s’arrêta devant la chose suspendue à hauteur de visage. C’était … Un tableau. Encore un tableau, qui représentait ici une … sorte de clef. Etait-elle encore dans la galerie, alors ? Après le trompe-l’œil, maintenant ce petit cadre … C’était … L’endroit secret ? Comme le révélait le premier message qu’elle avait vu ? C’était franchement bizarre … Non, un tel endroit ne pouvait pas logiquement exister sous la galerie, comment expliquer l’absence de tout le monde dans ce cas, les phénomènes de peinture inexplicables, la soudaine loquacité de la fausse porte de tout à l’heure ? Elle avait été transportée ailleurs … Dans un Ailleurs qui n’avait rien à voir avec l’Urania qu’elle avait connue jusque maintenant. Et franchement … Ca ne ressemblerait pas aux concepteurs de l’exposition d’avoir mis en place un truc pareil ici. Elle avait bien cru qu’elle allait crever, tout à l’heure, sous l’eau ! Baldrick n’aurait sans doute jamais laissé passer ça. Il fallait qu’elle se tire de là, et vite …
« Murmure … Montre-moi la voie … »
Le corbeau abyssal rapporterait sans doute bien des informations, du lointain de ce couloir. Peut-être même qu’il pourrait aller explorer l’autre côté tandis que …
… U-… Une minute … Pourquoi Murmure n’apparaissait-il pas ?
« … »
Khelya attendit, pendant de longues secondes, au cours desquelles il lui sembla que la température de son corps chuta de plusieurs degrés. La teinte livide, elle se rendit progressivement compte que … Que le corbeau ne répondait tout simplement pas à son appel. Oh, elle avait fait en sorte qu’il se fasse discret et reste en-dehors de la galerie pendant qu’elle et Cyranu se promèneraient dedans, mais cela ne l’aurait pas empêché de revenir à elle dès qu’elle aurait besoin de lui. Mais alors … Murmure ne pouvait pas venir ici ? Pourquoi ? L’appel ne lui parvenait pas, ou il boudait ? Du calme, du calme … La démone inspira profondément, puis déglutit.
« Banshee … Viens m’aider … »
Une seconde. Deux. Trois … Le temps s’écoula, alors que sa poitrine se serrait …
Le chat spectral n’apparut jamais. Au bout de plusieurs dizaines de seconde, durant lesquelles elle attendit vainement une réponse, Khelya se mordit la lèvre inférieure et comprit qu’elle était seule. Totalement seule. Inutile d’essayer de faire appel à Cauchemar non plus … Pour une raison qu’elle ignorait … Elle aurait beau crier, personne ne répondrait à son appel.
A cette pensée, une raideur parcourut la démone. Elle se sentait … Etrangement mal … Ce n’était que maintenant qu’elle le remarquait, mais les douleurs musculaires qu’elle avait essuyées en arrivant ne s’étaient pas tout à fait estompées. Et dorénavant, elles l’élançaient de nouveau … Ajouté à cela la poignante impression de solitude, dans ce monde stérile et confus, la démone prit une profonde inspiration et tenta de calmer ses pensées. Pas la peine de paniquer … Elle allait sortir de là, comme une grande, et retourner dans le vrai monde. Et puis pour l’instant, cela ne semblait pas trop dangereux … Il fallait qu’elle progresse. Et vite.

Khelya regarda quelques secondes de plus la clef de couleur cyan qui se trouvait sur le tableau, puis continua sa route. Le couloir continuait, toujours sans changer d’apparence. Elle marcha sur de nouvelles dizaines de mètres, à une allure bien plus rapide que précédemment, presque en courant. Il devait bien y avoir une sortie …
« A-… Aïe … »
Soudain, la démone manqua de trébucher. Surprise, elle porta la main à sa poitrine, sentant une compression douloureuse en celle-ci. Qu’est-ce … que c’était que ce délire …? Elle ne se sentait déjà pas terrible il y a peu, mais cela empirait à mesure qu’elle avançait. Oulah … Il fallait qu’elle ralentisse le rythme … Par chance, ses yeux distinguèrent enfin quelque chose de nouveau. Une … porte. Pas un trompe-l’œil, cette fois, juste au bout du couloir … Une porte bleu turquoise, voire cyan, qui affichait cette fois une poignée de même coloris bien en évidence. Ah … Peut-être allait-elle trouver quelque chose, derrière … ?
En s’avançant, Khelya tenait toujours une main contre sa poitrine, tandis qu’un mal de tête s’immisçait à présent dans son crâne. Presque prise de vertiges, elle posa la main sur la poignée, et la tourna. Enfin … Essaya de la tourner.
« … Putain … »
Fermée. Fermée à clef. Impossible d’abaisser la poignée, qui laissait échapper un bruit métallique désagréable quand on tentait de la forcer. Et cette foutue céphalée … Elle ne voulait pas partir … C’était à n’y rien comprendre …
… Le tableau de tout à l’heure … C’était une énigme, ça aussi …? Si ça se trouvait … C’était aussi un trompe-l’œil, en fin, un « faux trompe-l’œil » … Ca valait le coup d’essayer en tout cas … La migraine de Khelya n’était pas partie quand elle fit demi-tour, l’air patraque, à moitié endormie par son malaise. Ca n’allait pas bien du tout … Enfin … Le mal de tête s’éclipsait doucement … Elle croyait … Oui. Oui, il s’en allait … La douleur à la poitrine, aussi. Bizarre … On aurait cru qu’en approchant de cette porte, tout était parti en vrille … Etait-ce vraiment cela ? Devait-elle plutôt tenter à tout prix d’éviter cette porte ?
Arrivée devant le tableau, Khelya n’avait plus mal à la poitrine, ni à la tête : seules restaient les douleurs musculaires. Elle tendit la main sur la toile, et … tenta d’attraper ce qui y était dessiné. Manque de chance, c’était bel et bien un trompe-l’œil, il n’y avait aucune clef cachée là-dessous … Bon. Cela ne laissait pas beaucoup de possibilités. La démone retourna alors sur ses pas, de manière à aller explorer l’autre bout du couloir. Cela mettrait son temps à être atteint, alors elle accéléra le pas, sentant doucement ses douleurs s’atténuer au fil de sa progression. A ce rythme-là, elle devrait être retournée auprès de la fausse porte … Bientôt … Bientôt ? Khelya ralentit l’allure, apercevant quelque chose. Il y avait … Un nouveau tableau. Mais il était appliqué sur le mur qui terminait le couloir, assez grand, affichant la fin du voyage pour la démone. Mais … Où était la porte de tout à l’heure ?
« … »
Elle s’était sans doute volatilisée. La jeune femme se demanda s’il y avait réellement de quoi être étonnée …

En s’approchant de ce tableau, Khelya se rendit compte que ce n’était pas tout ce qu’il y avait ici. Il y avait aussi … Une autre porte cyan, dans le mur gauche, juste devant laquelle était située une petite table. Elle bloquait dérisoirement l’issue, et supportait un vase brun. Et dans celui-ci … Il y avait quelque chose. Une … fleur ?
Elle arriva à proximité du pot, et examina l’objet en question. Oui … C’était une rose. Une rose particulière, d’ailleurs, puisqu’elle était violette. Un violet sombre, presque noir au centre des pétales. Pétales qui n’étaient d’ailleurs pas très nombreux, au nombre de six à sept à vue d’œil, garnissant la tige relativement peu épineuse. D’ailleurs, le tableau … La jeune femme le regarda de nouveau. Oui, il lui disait bien quelque chose : il s’agissait du même, titré Incarnation de l’Esprit, qu’elle et Cyranu avaient vu tout à l’heure. Mais ici … Le fond était à carrelage noir avec losanges blancs. Et la fleur en question avait exactement les mêmes coloris que celle qui était plantée dans le pot, en vrai … Ce qui, contrairement au tableau de l’exposition, rendait le tout très sombre et pourtant la beauté était toujours là. Qu’est-ce que ça voulait dire …?
Khelya regarda de nouveau la fleur, la vraie. Elle lui semblait jolie … Et elle se sentait relaxée, en la regardant. Pouvait-elle la prendre, sans risque ? S’il s’agissait d’un piège, elle n’allait pas tomber dedans quand même … Alors, avec toutes les précautions du monde, elle retira la plante de son réceptacle. Aucun problème ne vint s’ajouter au calvaire, à première vue. Alors … La démone examina la rose d’un peu plus près, étrangement subjuguée. Qu’est-ce que c’était …?
Pas la peine de plancher des heures dessus. Secouant la tête, elle reposa la fleur là où elle était, puis fit glisser la table sur le côté pour libérer la porte. Rien ne s’y opposa, et elle put poser la main sur la poignée.
« Si ça ne tourne pas, je l’explose … pensa-t-elle, retenant sa frustration. »
Ca tourna. Ce qui était un miracle aux yeux de Khelya se déclencha alors : la porte s’ouvrit sans plus de difficulté ! Elle se surprit à esquisser un sourire … Puis pénétra dans la nouvelle pièce, laissant le panneau entrebâillé derrière elle.
Ici, pas de nouveau couloir. Juste une salle carrée, de dimensions moyennes, pas plus de vingt cinq mètres carré. Devant elle, une toile représentant le portrait d’une dame souriante et aux yeux fermés. Sous ce tableau, une fiche semblait placardée, affichant un simple texte écrit au stylo. Et enfin … Tout au centre … Un clef cyan.
« … J’ai eu ma dose de trompe-l’œil pour aujourd’hui … marmonna-t-elle. Si c’est encore un piège, je ne donne pas cher de mes nerfs … »
Elle s’approcha prudemment. Cela faisait trop longtemps qu’un piège idiot ne s’était pas déclenché, il y avait forcément un truc … Pourtant, en se mettant juste devant la clef, elle put voir qu’il s’agissait bien d’un objet réel et non d’une peinture. C’était tout …? Avant toute chose, elle vérifia ce qui était écrit sur la feuille scotchée au mur.
Si la rose se fane, toi aussi tu te flétriras. Toi et la rose êtes liés. Apprends à connaître le poids de ta propre vie.
« … »
Qu’est-ce que ça voulait dire …? Elle et la rose … Etaient liés ? Mais pourquoi ? Et en quoi ? Bon … Elle se poserait ces questions plus tard … En attendant, il y avait une clef à emporter. Khelya se baissa donc pour ramasser l’objet bleu turquoise, et le regarda de plus près. Oui, une vraie clef, assez grosse, mais bien réelle. Normalement, elle devrait l’aider à ouvrir la porte de tout à l’heure. Mais …
… La démone fit soudain un blocage pendant quelques secondes. Elle venait tout juste de redresser la tête, mais ne comprenait pas ce qu’elle voyait désormais. Ou plutôt, elle ne voulait pas comprendre. Juste devant elle … Le tableau … La femme venait d’ouvrir les yeux. Et son sourire, jusqu’alors angélique … S’était ouvert sur plusieurs rangées de dents pointues et aspergées d’un liquide pourpre. Le regard qui était à présent planté sur elle pétrifia Khelya pour un temps qui lui parut l’éternité, avant qu’elle ne laisse soudain un cri de stupeur s’échapper de sa gorge, et se retourne immédiatement pour prendre la fuite. Elle ne posa même pas la main sur la poignée pour rouvrir la porte entrouverte, et fonça simplement dedans pour que le panneau se dérobe et la laisse sortir. Au moment où elle percuta de son épaule la porte … Elle sentit une drôle de résistance l’amortir partiellement derrière, mais insuffisante pour l’empêcher de sortir. Deux secondes plus tard, un bruit d’éclats de verre retentit soudain et Khelya eut un haut-le cœur.

Maintenant qu’elle était dehors, la porte se referma brusquement d’elle-même derrière elle, mais la jeune femme y fit à peine attention. Elle … avait ressenti une très vite douleur dans la poitrine au moment où le bruit d’éclats avait retentit. Et ça lui faisait encore mal, comme si elle saignait à l’intérieur … L’air vague, elle regarda ce qui lui faisait face, et pinça les lèvres. Pour une raison qu’elle ignorait … la table avait reprit sa place quand elle se trouvait dans la pièce d’à côté. En sortant brutalement, elle l’avait envoyée dans le décor, avec le vase qu’elle portait. A présent … Celui-ci était brisé, répandant de l’eau par terre, et la rose violette gisait parmi les morceaux. Deux pétales étaient tombés.
Khelya claudiqua plus qu’elle ne marcha vers la fleur, prise de vertiges. Elle regarda avec un air las et souffrant la rose, laquelle semblait franchement mal en point, tellement que l’on pouvait bien compter le nombre de pétales qui lui restaient, maintenant : quatre. Elle … Elle commençait à comprendre … Elle se baissa et ramassa précautionneusement la fleur encore humide parmi les décombres, puis la regarda. C’était donc ça … Cette fleur, si elle était son « Incarnation de l’Esprit » … Si elle s’abîmait … Elle aussi s’abîmerait. Que se passerait-il si elle perdait tous ses pétales, alors …? Khelya ne voulait pas y penser. Dire qu’elle était liée à cette chose, si belle, mais surtout si fragile … Il fallait qu’elle en prendre le plus grand soin. Qu’elle la mette en lieu sûr … Et pour cela, la démone ouvrit son manteau, et glissa la fleur dans une de ses poches intérieures. Prenant le maximum de précautions pour ne pas l’abîmer davantage. Elle laissa son vêtement ouvert pour éviter de compresser la fleur … Puis poussa un soupir. Levant la tête, elle remarqua alors quelque chose au mur, et esquissa une grimace.
Un troisième message écrit en peinture. De couleur cyan, sur le bleu sombre.
Voilà ce qui arrive quand on ne frappe pas avant d’entrer …
La démone eut toutes les peines du monde à garder son calme, que ce soit pour cacher sa colère que pour sa détresse. Pourquoi est-ce que ça lui arrivait … Pourquoi ? Elle voulait juste passer un bon moment avec Cyranu … C’était donc trop demander, d’avoir la paix pour un seul jour …?
Qu’est-ce que le phénix aurait fait, à sa place … Qu’est-ce qu’il lui aurait dit, s’il avait été là ? Sans doute quelque chose comme quoi il allait tout faire pour la protéger. Qu’elle pouvait lui faire confiance, et qu’ils pourraient s’en sortir, ensemble. Oui … Il lui aurait dit de ne pas perdre espoir et de garder mesure. De relativiser. Se calmer, examiner la situation avec la tête froide. Bon … Elle était peut-être seule … Mais au moins, maintenant, elle avait compris qu’elle devait faire attention à sa rose. Aussi, qu’il valait mieux frapper aux portes avant de les ouvrir. En soit, elle avait déjà un peu progressé. Et puis … Ce n’était pas comme si elle était poursuivie par des hordes de chasseurs de démons vengeurs. Elle pouvait s’en sortir, et elle comptait bien le faire. Pensant à tout ce que Cyranu aurait pu lui dire pour l’aider, Khelya caressa sans trop s’en rendre compte le pendentif suspendu à son cou …

Prenant une profonde inspiration, elle se remit en marche. Elle avait la clef, elle pouvait passer la porte à l’autre bout maintenant. Ainsi, elle s’y rendit de nouveau, passant aussi devant le tableau qui était là tout à l’heure. Tiens donc, ça lui semblait moins long, sur ce coup … Et elle n’avait aucun de symptômes de tout à l’heure. Hé … Est-ce que cela avait été en fait dû à l’éloignement de sa rose ? Ca paraissait logique … En fait, pour commencer, elle aurait sans doute dû emprunter le chemin de gauche plutôt que de droite. Récupérer la fleur en premier était logique. Maintenant qu’elle l’avait bien avec elle, plus de mal de poitrine, plus de céphalée … Oui, tout s’expliquait. Par la même occasion, Khelya comprit aussi qu’elle ne pourrait pas se séparer de la rose, même pour mettre celle-ci en lieu sûr : si elle s’en éloignait trop, elle en sentirait les conséquences …
La voici de nouveau devant la porte verrouillée. Sans hésiter, la démone rentra la clé cyan dans la serrure, la tourna … Elle tournait bien. Un bruit de loquet retentit alors, provoquant une vague de soulagement chez la jeune femme. Elle tendit la main vers la poignée et …
« … »
Elle leva le poing vers le panneau, et donna trois coups dessus, provoquant un son de bois caractéristique. Elle entendit alors un léger rire retentir dans le lointain … Puis, elle sursauta en entendant le fameux bruit de peinture frappée juste à sa droite. Elle jeta un œil au message cyan qui était apparu, non sans appréhension …
Ca ne marchera sans doute plus à partir de maintenant … Tu vois, c’était pas compliqué !
Elle grimaça. Qui était cette personne qui lui envoyait ça ? C’était la fausse porte ? Elle avait du mal à le concevoir … Etait-ce une personne seule, d’abord ? Ou … Etait-ce cette étrange galerie toute entière ? Pas moyen de le savoir … En tout cas, elle posa la main sur la poignée, la tourna, et ouvrit la porte. Pas de surprise désagréable cette fois, elle pouvait continuer l’esprit tranquille …
Ce qu’il y avait derrière cette porte-ci était un nouveau couloir. Décidément, il y en avait beaucoup. Mais cette fois … Il proposait d’autres choses qu’une simple couleur bleu sombre et unie. En effet … Il y avait encore des tableaux, et bien plus que précédemment. Khelya referma la porte derrière elle, et s’avança, prudemment. Il y en avait huit … Tous de même taille. Dimensions assez petites, à peu près quarante centimètres sur soixante au format paysage, il y en avait quatre de chaque côté et le bout du couloir comportait quelque chose d’étrange. On aurait dit … Qu’il y avait des renfoncements, dans le mur. La démone se présenta à cet endroit, et l’examina. La surface était en effet garnie de cinq très fines alcôves, qui avaient exactement les mêmes dimensions que les tableaux, et étaient alignées à mi-hauteur.
« Encore une énigme ?… »
A croire qu’il n’y aurait que ça pour stopper sa progression. Et en parlant d’énigme … L’énoncé de celle-ci était présent, écrit en peinture cyan de nouveau, par terre devant le mur du fond en face duquel elle se tenait.
Dans l’ordre décroissant, de deux en deux ; zéro n’est pas toléré …
Un peu trop mathématique, comme énoncé. Mais autant s’en contenter … Donc, en toute logique, elle devait y placer cinq des huit tableaux qui se trouvaient dans cette salle dans un ordre précis pour ouvrir la voie. Se retournant vers eux, elle s’attela donc à les examiner un à un. Le premier qu’elle regarda représentait une bergère, debout au milieu d’un paysage campagnard, accompagnée par une corneille posée sur son épaule. Le tout, dans le style rugueux et incertain qui était le même que celui de l’Incarnation de l’Esprit et des autres tableaux qu’elle avait vus dans la zone bleue … Oui, toutes les peintures qui étaient ici affichaient ce style. Avaient-ils été peints par Baldrick, eux aussi …?
Le deuxième montrait, dans le même genre de paysage, une vache broutant dans l’herbe avec un oiseau rouge-gorge perché sur un arbre. Le troisième ne montrait pas de campagne, mais une maison dans la forêt, avec une fourmi au premier plan extrêmement visible, ainsi qu’une pie en plein vol au-dessus du toit ; la présence de quatre escargots était aussi remarquable, derrière la fourmi. Le quatrième décrivait une sorte de plongée au-dessus d’un désert, où se terraient un nombre difficilement identifiable de serpents. C’était ce qu’il y avait sur le mur de gauche en entrant … De l’autre côté, le cinquième représentait une salle à manger, où huit personnes mangeaient attablées. Le sixième tableau renvoyait encore une fois au même paysage campagnard des deux premiers : ici, c’était par contre un cheval qui galopait dans un champ, et il était aussi possible de distinguer trois limaces glisser sur un tronc d’arbre, assez en évidence, près du premier plan. Le septième montrait également cette même campagne, mais là, il n’y avait rien du tout à part la verdure et les plantes. Le dernier, enfin, prenait lui aussi place dans la campagne et montrait une sorte d’enclos où cinq fermiers se tenaient, chacun tenant une poule de couleur différente dans les mains.
« … »
C’était pas gagné.

Bon. Un ordre décroissant, de deux en deux, donc … Khelya se mit à réfléchir. Sur chaque tableau, il y avait un nombre caractéristique de choses. Par exemple, le premier tableau montrait deux êtres : la bergère et la corneille. Le deuxième en montrait deux aussi, la vache, le rouge-gorge et l’homme. Peut-être que si elle raisonnait comme ça … Elle pourrait trouver un ordre décroissant parmi les tableaux ? Cela semblait possible … Le septième tableau ne montrait qu’un simple paysage : et comme le « zéro n’était pas toléré », il pouvait être ainsi directement exclu. Le tableau aux serpents en montrait beaucoup trop pour qu’il soit possible de trouver un nombre de deux en-dessous de lui : il pouvait être exclu aussi. Ce qui laissait … Le dernier tableau avec dix êtres : les poules et les fermiers … Le cinquième avec huit êtres : les hommes à table … Le troisième avec six êtres : la pie, la fourmi et les escargots … Le sixième avec quatre : le cheval et les limaces … Et enfin …
« … Merde. »
Il y avait deux tableaux qui proposaient deux êtres : la bergère et la corneille, ainsi que la vache et l’oiseau. Les deux premiers. L’ordre décroissant pouvait marcher mais … S’il y avait deux solutions possibles … Est-ce que ça marcherait vraiment ? Khelya eut beau réfléchir, elle ne voyait en tout cas pas d’autre solution. Autant essayer.
La démone essaya de décrocher le huitième tableau, ce qu’elle parvint à faire sans mal. Elle l’inséra alors dans la première alcôve à disposition, et fit la manœuvre pour tous les tableaux qu’elle avait en tête. Quand vint le dernier, c’était l’heure du choix … Décidant d’y aller au hasard, elle prit la toile représentant la corneille et la femme, et le plaça dans le dernier orifice. Ce après quoi, elle recula, regardant le résultat.
Les cinq tableaux étaient alignés. L’ordre décroissant semblait logique, de deux en deux. Cependant … Un bruit de peinture frappée retentit de nouveau, désagréable.
FAUX
« ARRGH !! »
Khelya recula de plusieurs pas et manqua de tomber à la renverse, les mains plaquées contre la poitrine. Qu’est-ce …que … Elle oublia le message de peinture rouge sur le mur, puis regarda précipitamment dans son manteau, pour sortir la rose. Un … un pétale venait de tomber … Plus que trois …
« Non … Non, non, non, c’est pas vrai … murmura-t-elle, désespérée. »
C’est alors qu’un bruit de chute attira son attention. Devant elle, elle aperçut alors … que deux des tableaux qu’elle avait placés étaient tombés de leur alcôve. Il s’agissait du deuxième et troisième de la série, soit les hommes à table et la maison dans la forêt – même si elle ne pouvait pas le voir, car ils étaient tombés face contre terre. Ayant mal au cœur, elle replaça sa rose dans son manteau, et regarda ce qui lui faisait face. Alors … Cela voulait-il dire qu’elle avait bien placé trois tableaux sur cinq ? Il n’en restait que deux …?
La jeune femme poussa un soupir de demi-soulagement, pas forcément très rassurée, mais sachant au moins qu’elle avait fait une petite avancée. Il était hors de question de perdre sa rose … Si elle laissait tous les pétales s’enlever … Il fallait qu’elle trouve au prochain coup. A tout prix !

Khelya ravala sa salive et s’avança, essayant de comprendre. Sa logique de compter en êtres n’avait pas fonctionné : il y avait donc autre chose à prendre en compte. Et pour le deviner … Il fallait essayer de trouver ce que c’était, en examinant les tableaux qui avaient été acceptés.
Bon … Le nombre qui était le plus haut était représenté par cinq poules, et cinq fermiers. L’avant dernier l’était par un cheval et trois limaces, et le premier par une corneille et une bergère. Qu’y avait-il à y comprendre, hormis qu’il y avait un nombre décroissant d’êtres vivants …? Dans le doute, Khelya alla décrocher aussi le tableau avec la vache et le rouge-gorge, pour comparer la différence avec la dernière toile. Hm … Donc … La différence majeure entre les deux, c’était que l’un montrait un être humain, et l’autre non. En quoi cela jouait-il ? Hm, cette méthode n’était pas bonne … Car si le tableau à la bergère avait été accepté, celui avec les festoyeurs n’avait pas eu la même chance. Il y avait juste des trucs à compter, dans le lot, mais quoi …?
Elle eu beau chercher, rien ne lui venait à l’esprit. Bon, si elle se concentrait sur les animaux et oubliait un peu les humains, peut-être … Qu’est-ce qu’elle pourrait y voir ? Il y avait un animal dans le dernier, quatre dans l’avant-dernier et cinq dans le premier. Ca ne la menait nulle part. Niveau humains tous seuls, ça ne faisait pas plus de sens : l’ordre donnait cinq, puis zéro, puis un. Donc, pas de rapport, inutile de procéder ainsi. Mais peut-être que … il fallait chercher plus dans le détail ? A cette pensée, Khelya se découragea presque instinctivement : s’il fallait passer au crible chaque détail des tableaux, elle n’avait pas fini … Mais … Hey ?
Et si l’espèce des animaux n’avait été choisie au hasard, par exemple ? C’était … Possible … Si chaque animal avait une valeur précise, par exemple. Bon, ça semblait un peu tarabiscoté mais … Par exemple, si à chaque animal était attribué le nombre de pattes. Pour les poules, on aurait deux pattes par bête, donc dix en tout. Pour le cheval et les limaces, ça faisait quatre plus trois fois zéro, donc quatre. Enfin, pour la bergère et la corneille, ça faisait deux plus deux … Ah, non, la bergère avait des jambes et non des pattes, donc ça faisait deux seulement.
« … »
Ca … Ca marchait. Enfin, à première vue. Alors, dans ce cas … Il fallait trouver un tableau qui valait huit et un tableau qui valait six. Ceux qu’elle avait placés et qui étaient tombés … Huit hommes, zéro patte, ça collait. Une pie, une fourmi et quatre escargots, un total de huit pattes, ça collait aussi puisqu’elle l’avait mis là où il y aurait dû en avoir six. Alors … Pour ceux qu’il restait … Les serpents, pas la peine de compter, il y en aurait toujours zéro. Idem pour le paysage vide. Et le dernier qui restait, la vache et le rouge-gorge … six pattes. C’était bon.
La solution était envisageable. Et elle ne proposait pas d’alternative, contrairement à sa première hypothèse. Bon, c’était un peu bancal et elle risquait de se tromper mais … Elle n’avait pas trop le choix …
Ainsi, Khelya plaça dans la deuxième alcôve le tableau de la pie et de la fourmi, et dans la troisième, la toile de la vache et du rouge-gorge. Elle se recula alors, attendant avec anxiété, que le résultat tombe.
Et ce fut sous forme d’un nouveau message, superposé au précédent et plus grand, dans une peinture cyan.
CORRECT !

La démone sentit une vague de soulagement se répandre en elle, tandis qu’une trappe s’ouvrait doucement dans le sol en coulissant. Elle avait réussi …
« Il y a vraiment de quoi dégoûter de la peinture ici … soupira-t-elle. J’espère qu’il n’y a pas d’autres trucs tordus dans le genre, là-dessous … »
Quoiqu’il en soit, ce n’était pas comme si elle avait le choix. Après s’être posée pendant quelques secondes, Khelya reprit sa marche, et se dirigea vers l’ouverture qui avait été dévoilée dans le sol. Là descendait un nouvel escalier, assez raide, dans un espace très étroit. Elle n’aimait pas trop l’idée d’emprunter un truc qui sentait le piège aussi fort, mais c’était sa seule issue en attendant … Alors, elle prit son courage à deux mains, et commença sa descente le long des marches bleutées.
Il ne fallut que peu de temps après s’y être engagée pour que la trappe se referme derrière elle. Pas vraiment surprise, elle se retourna pour voir la lumière de la salle précédente disparaître, et le carré s’obstruer ainsi. La lumière …? Ah oui, maintenant qu’elle y prenait attention, il faisait bien plus sombre dans cet escalier … Oh, génial. C’était pas annonciateur de bonnes nouvelles. La jeune femme se mit à descendre les marches plus vite, en prenant garde à ne pas tomber. Heureusement que sa robe mauve ne se prenait pas dans ses pieds, il n’aurait plus manqué que ça. Elle n’aimait pas ça … Son instinct lui disait qu’il valait mieux qu’elle se grouille. Alors qu’elle dévalait l’escalier, tout d’un coup, Khelya entendit une cloche retentir à travers tout le corridor descendant.
« … Hein ? »
Une forte cloche, comme un gigantesque carillon. Puis … La luminosité grimpa. Bizarrement. En fait, c’était comme si des ampoules à lumière bleu ciel s’étaient allumées, sauf qu’il n’y avait pas d’ampoule ; dans ce couloir qui affichait déjà la même couleur en sombre, le résultat était qu’il faisait plus clair, mais la démone pouvait elle-même voir que la couleur de sa peau, de ses vêtements, de ses bottes, tout était éclairé comme par cette lumière bleue invisible. Ce qui était … franchement bizarre … Puis, un étrange son de crissement. Hm … Quoi …? Non, c’était pas possible … C’était trop cliché, trop prévisible, trop classique pour qu’elle ait pu se faire avoir par un truc pareil. Elle délirait, c’était pas vrai ?! Les murs … Se rapprochaient. Le couloir était en train de se rétrécir lentement, avec elle au milieu.
Un deuxième son de cloche retentit, tout aussi fort mais plus grave d’un ton. Khelya se sentit soudain terriblement mal à l’aise, et continua de détaler devant elle, aussi vite qu’elle pouvait. Bon sang … Si elle se faisait prendre ici, c’était la fin ! Les marches défilant les unes après les autres, elle n’hésitait même plus à sauter de trois en trois, au risque grand de se casser quelque chose si elle se ratait, dans un équilibre précaire. Un troisième son de cloche parvint à ses oreilles, comme lui assénant un coup de marteau, toujours plus grave … C’était un compte à rebours … Les murs étaient proches, très proches, il ne devait guère rester plus d’un mètre entre deux. Et pas d’issue en bas …
« Vite, vite, vite … pensa-t-elle, angoissée. »
Elle manqua de rater une marche quand des bruits de peinture frappée à répétition se déclenchèrent, partout autour d’elle. Pas de mots, pas de phrase, cette fois : juste de larges traces de rouge sang, en marques sanguinolentes sur les parois, partout sur son chemin, sur les marches comme les murs. Quatrième son de cloche et murs si proches qu’elle pouvait à peine écarter les bras, maintenant. Elle descendit, descendit, descendit à toute berzingue … Là ! Une sortie ! L’escalier s’arrêtait enfin sur une nouvelle pièce, tout en bas, et un cinquième son de cloche tellement grave qu’il semblait résonner à travers le monde entier fit vrombir ses tympans. Khelya se jeta littéralement en avant pour gagner de la vitesse, alors que ses épaules étaient rejointes par les murs, puis se mit de côté pour prendre moins de place mais aussi moins d’équilibre. Elle plia très légèrement les jambes, du maximum qu’elle pouvait … Puis se projeta à l’extérieur, tendant les bras en avant et basculant de côté. Deux secondes plus tard, un sixième coup se fit entendre et elle posa les mains sur le sol de dehors, exécutant une roue de côté et finissant sa course pieds à terre. Momentanément cependant : car elle se sentit chanceler un instant plus tard, et tomba assise par terre dans la nouvelle pièce, tandis que ses yeux voyaient l’escalier se réduire à une fente dans le mur, et enfin disparaître à tout jamais de sa vue alors que le dernier et septième coup de carillon sonnait à travers les parois. Elle avait eu très chaud.

La démone se laissa allongée par terre, les jambes en désordre. Bordel, depuis tout à l’heure, ses nerfs étaient mis à rude épreuve … Même si elle s’habituait doucement aux bizarreries de ce lieu, elle n’arrivait pas à pleinement rester alerte et comprendre exactement ce qu’elle devait faire. Elle était complètement perdue, et par-dessus tout, seule …
Reprenant lentement et ses esprits et sa respiration, Khelya réussit à s’asseoir et décida de faire le point. Cela faisait … A tout casser, trente minutes qu’elle était coincée ici ? Et pour l’instant, personne en vue, pas de sortie non plus. Elle se demandait ce qu’il se passait, en surface, pendant ce temps. Est-ce que les choses étaient revenues à la normale ? Est-ce que quelqu’un s’était rendu compte de sa disparition …? Si ça se trouvait, Cyranu était en train de la chercher partout dans la galerie … Il devait sans doute s’inquiéter à s’en faire un sang d’encre. Rah, et dire que si elle n’avait pas touché ce foutu tableau tout à l’heure, peut-être qu’elle n’en serait pas là …
En attendant, ce n’était pas se lamenter qui allait la faire avancer. Maintenant qu’elle se sentait mieux, Khelya se releva, et vérifia dans sa poche comment la rose se portait. Toujours trois pétales … Au moins, ça n’avait pas empiré. Elle avait une légère sensation d’engourdissement et avait du mal à récupérer après l’effort, mais à part ça, c’était ok. Après cela, elle regarda la suite de la pièce, et haussa les sourcils. Ici … C’était presque comme une galerie normale, sans étrangeté. Les murs, dans la salle qui s’étendait grandement en longueur, affichaient des tableaux au même style rugueux que précédemment. De tailles variées, représentant des choses diverses … La jeune femme s’avança et examina tout cela. Il n’y avait rien de très particulier, hormis ces peintures inoffensives. C’était presque déroutant, après toutes ces épreuves successives … Pour une fois, elle pouvait se reposer un peu ? Autant en profiter …
Elle marcha ainsi un long moment, relaxée par la vision de ces tableaux. Dans des circonstances plus calmes, il était bien plus facile de les apprécier … Même si elle n’avait pas trop le temps de s’y attarder. Au bout du chemin, une nouvelle porte cyan l’attendait, sagement. Khelya l’ouvrit sans plus attendre, et continua.
De l’autre côté … Il y avait une nouvelle pièce, mais plus petite. En forme quadrangulaire, elle faisait à peu près sept mètres sur sept, et comptait un trou d’un mètre carré au centre. Un trou qui ne laissait voir qu’un noir d’encre, sans fin, et rien d’autre n’était visible ici. Hm … Elle devait sauter dedans …? Elle ne voyait rien d’autre, en tout cas. Pas d’issue, pas d’énigme … Il n’y avait que ça.
Bruit de peinture frappée, juste à côté.
Ce n’est que le début … L’aventure continue plus bas. Un peu d’aide t’y sera apportée !
La démone considéra le message avec incertitude, pas sûre de si elle pouvait y faire confiance ou non. Mais au point où elle en était, elle n’avait pas beaucoup d’autres options. Et vu ce que les mots en bleu disaient … Elle n’était pas au bout de ses peines. Khelya secoua la tête, puis considéra le carré de noir découpé dans le sol : elle ne voyait vraiment rien, là-dessous. Elle n’avait pas franchement confiance, mais … Elle prit une profonde inspiration, puis sauta sans trop se poser de questions dans l’abîme.

La chute qu’elle fit lui sembla irréelle de longueur. Elle tomba … Sans se renverser, ni accélérer. Comme si la gravité avait un effet moindre, tout d’un coup. Mais aussi … Elle sentit la sensation d’engourdissement s’accentuer. Elle avait sommeil … La démone ferma alors les yeux, comme transportée dans un rêve, et perdit connaissance quelques secondes plus tard sans s’en rendre compte.
Elle rêva. Elle volait, dans un monde étrange, aux fantastiques lueurs et aux couleurs de l’arc-en-ciel. Elle se sentait … Bien … Planant au-dessus d’une planète belle et verdoyante, elle se rapprocha de sa surface, pour observer tout cela de plus près. Les rayons d’un soleil étrange, qui luisait de bleu très pâle, éclairaient la terre de mille feux et donnait une véritable impression de sérénité. Khelya tendait les bras sur les côtés, suspendue dans les airs et avançant au gré des vents, ressentant une infinie impression de liberté. Elle pouvait faire ce qu’elle voulait … Et elle admirait le monde, de son œil enjoué, comme si elle était tout d’un coup retombée en enfance. Même si en se regardant, elle se rendait bien compte qu’elle ne s’était pas revêtue de son corps de petite fille, elle avait l’impression que tout le bonheur de ce qu’elle avait vécu à cette époque lui revenait. Quelle beau rêve … Elle en était consciente, mais elle en profitait comme si elle le vivait réellement. La terre aux arbres et à l’herbe fraiche défilait devant ses yeux, comme un grand jardin sans fin, fertile et accueillant comme l’aurait été un foyer heureux. Un foyer, oui … Une famille … Que cela devait être merveilleux … Dans un monde aussi beau et fantastique … La jeune femme se laissa longuement porter par les vents, contemplant le sol avec sérénité …
Une explosion de feu retentit alors soudain sur sa route.
Déboussolée, Khelya ralentit vivement l’allure, avant de se rendre compte que la vision idyllique de cette terre paisible était en train de virer au cauchemar. A terre … Des objets étaient apparus. Des engins de mort. D’autres explosions retentirent sur la terre, plongeant en quelques secondes le monde sous les flammes et la fumée. La démone se fit balloter par la force des vents qui étaient devenus tempête, apercevant que sur le plancher des vaches, des armées s’étaient révélées et fonçaient les unes sur les autres. La guerre …
La démone sentit une douleur mentale s’imprimer dans sa poitrine, lui apportant les larmes aux yeux. Pourquoi … Partout où est-ce qu’elle allait … C’était la même chose ? Même dans ses rêves, elle n’avait pas la paix … Qu’est-ce qu’il lui faudrait faire pour enfin être apaisée ? Dans le tumulte, elle tenta de quitter l’espace aérien des champs de bataille, pour fuir vers le ciel … Mais une sensation froide au niveau de son poignet gauche l’arrêta, alors qu’elle était tirée de force vers le sol. Sans comprendre, Khelya regarda dans cette direction, pour voir qu’une menotte lui était passée à la main et qu’une longue chaine la tractait à toute vitesse vers le bas. Elle tenta de se débattre … Mais rien n’y fit. La terre se rapprocha à toute vitesse, et elle la percuta avec violence, s’écrasant dans une douleur inouïe. Dans le coaltar, des images entrecoupées de flou parvinrent à ses yeux mi-clos. Elle voyait des hommes qui se battaient. Des morts et du feu. Des chaines et des cages. Des couloirs sombres et des murs de pierre usée … Des corps décharnés et agonisant … Puis … Ce fut le noir complet.

Khelya rouvrit les yeux, émergeant de son sommeil paradoxal. Ayant encore mal à la tête, elle mit un temps avant de comprendre qu’elle était allongée en position fœtale sur un sol dur, froid et rugueux. Encore engourdie de fatigue, elle se frotta les paupières et essaya de s’asseoir. Le cliquetis d’une chaine lui fit parvenir un message alarmant dans son cerveau. ( ♫ )
Elle se sentit d’un coup parfaitement éveillée, et regarda autour d’elle avec anxiété. Elle … Elle se trouvait en ce moment-même dans une cellule, aux murs sales et au sol jonché de poussière. Une menotte était passée à son poignet gauche … Ainsi qu’à sa cheville droite. Elle était pieds nus, ses bottes reposaient négligemment dans un coin de la minuscule pièce, dont seule la grille fermée lui donnait un peu de lumière depuis le couloir de l’extérieur. Elle était prisonnière. Paniquée, la démone regarda de sa main libre dans son manteau. Oui, la rose y était toujours, et avait toujours ses trois pétales. Mais … Maintenant … Elle était enfermée dans une prison. Ses membres attachés lui faisaient mal, et ses entraves l’empêchaient de bouger …
« Misère … Qu’est-ce que je fabrique ici … murmura-t-elle, la boule au ventre. »
Aucune idée de comment elle s’y prendrait, mais il fallait qu’elle se dégage de là, et vite. Peu importait le nombre d’obstacles qui se dresseraient sur sa route … Elle se tirerait d’ici, que les dieux le veulent ou non !


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