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 [Flash Back 3, Luke et Youmu]

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Lukeskywalker62
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MessageSujet: [Flash Back 3, Luke et Youmu]   Mar 14 Oct - 20:28

Nota Bene : ceci est un écrit censé être publié dans le RP, après progression des trois héros. Dans la mesure où le RP semble définitivement suspendu, je le publie ici.
Bonne lecture !~

__________________________________________________________________



~ Un an et cinq mois plus tôt. ~


La goutte d’eau qui s’est accumulée sur mon front vient d’être emportée par mon brusque élan. D’un mouvement prompt, je fauche l’espace face à moi … Et encore un chassé-croisé des deux lames, le cinquième de la soirée. Ca commence à me pomper l’air, ces techniques à répétition, toujours pour le même résultat final …

« J’en ai fait 57, déclare-t-elle illico. Tu n’as pas fait plus de 54 cette fois … »
"J’avais bien compris, ouais !!"

Je reprends ma respiration, au bout de ces quinze secondes d’effort intense. Elle me pompe l’air, cette fille. Ca fait la cinquième fois que l’on s’affronte cette nuit, et ça fait la cinquième fois que je perds. Si elle se permet de commenter mes performances en plus … J’ai beau me démener autant que je peux, rien à faire, elle vole toujours à trois cibles au-dessus de moi !
Je me retourne et observe le paysage derrière moi. Dans l’habituelle atmosphère de semi-pénombre de la salle d’entrainement spéciale, le sol d’acier est jonché de copeaux de bois qui jadis constituaient les cibles à éliminer … Les torches accrochées aux murs ne nous éclairent qu’assez peu. Je me demande quand même par quel miracle le fracas de nos armes contre les cibles n’a jamais réveillé tout l’Ordre des Doubles-Lames durant nos séances de confrontations nocturnes.

« Ne prends pas cet air-là … Moi aussi je ressens ça quand tu me bats à plate couture. »
"J’ai pas le souvenir de t’avoir battue."
« … Ca t’amuse de te moquer de moi ? »

… Qu’est-ce que je fous là, sérieux ? Et qu’est-ce qu’elle raconte ? Ca fait deux mois à présent que, chaque semaine, Youmu et moi nous retrouvons dans cette grande salle d’entrainement en parfaite clandestinité pour comparer nos performances. Deux mois que je subis défaites sur défaites, sans jamais surpasser la moindre de ses performances. Il n’y a pas photo : elle est largement meilleure que moi. Ou alors, plus rapide en tout cas. Je ne suis pas capable d’éliminer plus de cibles qu’elle en un temps donné, je suis trop limité dans mes mouvements. Et ça me rend malade … Je suis vraiment de mauvaise humeur en cette soirée, et elle n’a pas décidé d’arranger les choses. Autant arrêter les frais pour aujourd’hui. Je n’ajoute rien à sa précédente réplique, et elle décide aussi de ne pas poursuivre l’échange verbal qui de toute façon ne présente aucun intérêt. Nous commençons à ramasser les nombreux débris de cibles qui traînent sur le plancher d’acier. Je me demande franchement d’où sortent tous ces bâtons. Sûrement un système mécanique assez sophistiqué …

« Ce qui est curieux, c’est que c’est toujours tout ou rien, avec toi … »
"Hum ? Qu’est-ce que tu racontes ?"
« A chaque soirée, soit tu gagnes toutes les manches, soit tu les perds toutes. Par exemple, il y a deux semaines, tu as encore détruit une dizaine de cibles de plus que moi à chaque duel … »

Je demeure silencieux tout en ramassant les fragments de bois qui jonchent le sol, avant de les stocker sous mon bras. Deux semaines …? Je ne me rappelle pourtant d’aucune victoire. J’essaye de fouiller ma mémoire. Hum … Non, rien à faire. Je n’arrive pas à me souvenir dans le détail … Peut-être que j’oublie la victoire, en fait. En y repensant sérieusement … Si, c’est possible, en fait. Mais … Ce qui est certain, c’est que je ne me rappelle pas avoir éprouvé l’émotion d’une victoire sur elle. J’ai des trous béants dans ma mémoire, dans tous les cas. Beaucoup de mes souvenirs récents me semblent flous ou imprécis, comme si je les avais rêvés, ou qu’ils avaient été irréels. Le pire, c’est ceux d’avant que j’intègre l’Ordre : là, c’est la page blanche. Je n’y pense presque jamais, il faut dire …
Youmu n’a pourtant pas l’air de mentir en me parlant de ces hypothétiques victoires de ma part, et de toute manière, je ne vois pas pourquoi elle me mentirait. Mais pourquoi ces souvenirs sont-ils toujours si flous ? Je ne me rappelle de presque aucune action de ce que j’ai fait cette fois-là, il y a deux semaines … Je ne me rappelle plus avoir gagné. Excès de modestie ? Ca m’étonnerait franchement. De toute façon, ce ne sont pas ces réflexions stupides qui vont m’avancer à grande chose : une fois de plus, j’ai loupé tous mes duels contre elle, je me suis couvert de ridicule, et j’ai prouvé mon incapacité à lui tenir tête. Je me demande franchement ce qui la motive à continuer ces petites virées nocturnes. Elle sait bien qu’elle est plus forte que moi. C’est plutôt moi qui devrais la bombarder de demandes de revanche.

Au bout d’un temps assez conséquent, nous finissons par entasser tous les déchets de nos affrontements dans le coin de la pièce réservé à cet effet. Mouais … On devrait pas trop abuser sur le nombre de duels, ça va finir par se faire remarquer, ce tas de débris qui grossit sans raison une nuit par semaine. Le fait que nous n’ayons encore jamais été découverts par les maîtres escrimeurs relève sans doute de l’exploit. Et en bonne partie de la chance, aussi.

Je pousse un soupir de dépit et de fatigue mélangés, et ferme les yeux quelques instants. Je suis à bout de force … Pas possible de détruire d’autres cibles, cette nuit. Je commence à m’en lasser un peu, à vrai dire … Même si c’est le seul moyen qu’on a de comparer nos capacités. Je finis par rouvrir les paupières, et la regarde : c’est bon, cette fois. Je n’ai pas besoin de détourner le regard à chaque fois que mes yeux ont la mauvaise idée de croiser sa poitrine. Pas de décolleté ni de petite tenue cette fois, elle prend bien la peine de s’habiller convenablement à chacun de nos … "rendez-vous". Pareil de mon côté.
Ce qui m’étonne en revanche, c’est que vu sa dégaine, elle est largement plus épuisée que moi après notre séance hebdomadaire … Ses bras lui tombent le long du corps, elle courbe l’échine, et fixe le sol d’un air absent en respirant longuement. Ses yeux sont à moitié fermés, vitreux, et cernés de fatigue … Par l’enfer, je l’ai jamais vue comme ça. On dirait presque une morte-vivante. Bizarre, quelques secondes plus tôt, elle semblait plus énergique. J’imagine qu’elle ne doit pas dormir énormément, la nuit. Ou alors que les carrures féminines ne sont pas faites pour supporter ce genre d’exercice sur la durée.
Comme le silence s’installait entre nous deux, et que nous n’avions plus rien d’autre à faire, je décide le briser et entamer la conversation.

"Il faudrait innover dans les façons de nous affronter. Je pense qu’un jour viendra où il faudra bien qu’on se batte d’homme à … femme."

A ces mots, elle semble soudain se ressaisir. Et bien. Toute la fatigue que je pouvais voir d’elle quelques secondes plus tôt vient de disparaître, m’offrant la vision d’une quasi-renaissance surnaturelle. J’ai rêvé, ou quoi ? Toujours est-il qu’elle me regarde d’un air grave, empreint de sérieux, mais sans agressivité.

« Je ne préfère pas. Tu sais très bien ce qui se passerait si ça tournait mal. »
"Ouais, mais ça fait maintenant sept mois qu’on subit l’entraînement intensif des doubles-lames … On a la maîtrise, non ? Nous ne sommes plus de petits débutants qui font joujou avec leurs épées. Ce ne serait pas un match à mort non plus, tu sais."
« Peut-être, mais ça ne me ressemblerait pas de retenir mes coups contre un adversaire à ma mesure. Si je me battais contre toi, ce serait sans pitié, et je préfèrerais éviter. »
"Tiens donc, et pourquoi ça ?"

Elle prend une profonde inspiration, comme pour chercher ses mots. Je suppose qu’elle a la réponse à ma question, mais qu’elle ne sait pas comment la formuler, ou alors qu’elle n’a pas l’habitude de dire ce genre de choses …

« … Parce que je n’ai pas envie de te faire du mal, finit-elle par déclarer. »

Mouais … Si elle le dit. Je hausse simplement les épaules en guise de réponse … Nous sommes rivaux au fond, ça me surprend passablement qu’elle s’inquiète à propos de ma santé. Quoique, moi non plus je n’ai pas réellement envie de la blesser comme j’en serais capable … C’est un peu étrange. Encore plus dans la mesure où, puisque les deux sexes sont séparés lors des séances d’entrainement quotidiennes, il n’y a vraiment que lors de nos défis que nous pouvons nous voir ; en théorie, dans l’Ordre des Doubles-Lames, les filles et les garçons ne se voient jamais. Notre relation est sans doute assez compliquée, mais même si j’ai beau enchaîner défaites sur défaites, je dois avouer que ça ne me déplait pas …

« … Tu sais quand se présentent les examens de fin d’année ? »
"Je n’ai pas exactement retenu, mais c’est dans quelques mois, non ?"
« Dans cinq, plus exactement. »

Elle esquisse un sourire. Le sourire déterminé et qui met au défi. Youmu ne sait pas sourire autrement, je ne le sais que trop bien.

« Dans cinq mois, nous nous retrouverons une fois de plus dans cette salle d’entraînement, et nous pourrons comparer nos performances en face de tous les membres de l’Ordre. Peut-être même que nous pourrons nous affronter sur de nouveaux tests … J’ai hâte de voir ce que ça va donner. J’espère bien que tu seras dans l’état d’esprit qui me met toujours en difficulté quand je me mesurerai à toi … »
"Si tu le dis. Mais moi aussi, j’ai bien hâte de t’humilier en public comme toi tu l’as fait la dernière fois."
« Pardonne-moi, mais ça m’étonnerait franchement. »

Je laisse échapper un petit rire désabusé. Ce qui ne m’étonne pas, moi, c’est qu’elle se montre toujours autant effrontée … Et elle est sérieuse quand elle dit ça. Car Youmu ne rit pas, ça aussi je le sais très bien.

Pour résumer … Dans cinq mois donc, si ce qu’elle dit est exact, tous les apprentis de l’Ordre des Doubles-Lames vont passer l’ultime évaluation pour déterminer la suite de leur enseignement. Les moins chanceux d’entre nous, ou sans doute les moins talentueux, vont à tous les coups se faire renvoyer de l’organisation à grands coups de pied dans le cul. Ceux qui sauront prouver leur valeur pourront poursuivre leur entraînement, et les meilleurs d’entre nous … Passeront à l’étage inférieur. D’après ce que j’ai entendu, près du quartier des filles, il existerait un escalier descendant vers un sous-sol où se trouveraient les membres les plus avancés de notre cercle d’épéistes. Même s’il est verrouillé aux premiers venus.
Passer à l’étage inférieur est synonyme de prouesse physique. Et ce n’est pas un secret pour nous : elle et moi, on a bien l’intention d’y parvenir, dès la fin de notre première année. Et à ce moment-là … Nous serions en voie pour devenir, à notre tour, maîtres escrimeurs. C’est très ambitieux de notre part, et nous avons encore un très long chemin à parcourir … mais nous sommes prêts à aller jusqu’au bout. Du haut de nos treize ans.

« Je ne sais pas si j’y arriverais … concède-t-elle comme si elle avait lu dans mes pensées. »
"Tu ne devrais pas être aussi hésitante. C’est le premier défaut que les maîtres nous reprochent toujours, de notre côté. "
« Peut-être, mais … Je ne sais pas vraiment si je pourrais accéder au deuxième sous-sol dès l’examen de fin d’année. Toi, tu y arriveras sans doute, mais … »
"Qu’est-ce qui te fais dire ça ? la coupé-je brusquement. Tu es aussi forte que moi, et sans doute plus, en fait. C’est plutôt moi qui devrait me faire du souci."
« … Il y a bien des choses que tu ignores, Luke … »

… Effectivement, je ne vois pas du tout de quoi elle parle. Vu ce que je peux voir et subir chaque semaine, qu’est-ce que j’ai de plus qu’elle n’ait pas ? A-t-elle quelque chose qui la handicape ? Son ton est empreint de regret … Je me sens un peu mal pour elle, tout d’un coup. Ce serait vraiment dégueulasse si moi je passais au sous-sol inférieur et elle non. Mais y’a pas de raison …

Oh putain. Je sursaute brusquement, et flanque mes mains sur mes poignées de katana de part et d’autre de ma ceinture, prêt à dégainer. Youmu a fait de même, simultanément … Je crois qu’elle aussi, elle a entendu. Nos yeux sont perchés vers la porte d’entrée de la salle, d’où un grincement vient de résonner à nos oreilles. Merde … J’ai un mauvais pressentiment. Je me tourne vers elle, et elle m’imite dans le plus grand silence. Dans la pénombre, je lui adresse un regard. Elle répond par un acquiescement de tête positif … D’accord.

A pas de loup, je commence à me rapprocher tout doucement de la double-porte d’entrée. Seul un petit bruit d’insecte résulte de mes déplacements furtifs, étant concentré au maximum. Youmu, derrière moi, me suit également à pas feutrés … Bientôt, j’arrive face à l’un des battants de la porte. Je pose mon oreille dessus dans un silence religieux. Je me décolle presqu’aussitôt, et me tourne vers ma rivale à deux mètres derrière moi. Je lui fais un signe de la main. Une fois de plus, elle acquiesce, et fait lentement glisser ses katanas le long de leurs fourreaux. Allons-y. Je lève le pied brusquement, et le projette dans la porte : le battant s’ouvre à la volée … dévoilant derrière, cachés par le panneau, deux garnements qui tombent à la renverse sens dessus dessous.

« Aaaah !!! Oh, merde !! »

Je m’avance d’un air menaçant. Ces gosses sont encore plus jeunes que nous, deux petits blancs-becs d’une douzaine d’année. Les deux, complètement paniqués, se mettent à se reculer à toute vitesse sur le sol, et levant les bras en protection face à ma silhouette agressive.

« Pitié, pitié !!! Ne me tuez pas ! couine l’un d’entre eux. »
"Du calme, morveux. Je n’ai pas du tout l’intention de vous tuer."

Bien. Maintenant, ils ont fermé leur gueule. Encore un peu, et ils réveillaient tout l’Ordre, ces deux petits trous de balle. Mais quels cons …
Youmu revient vers nous, sa torche à la main et ses katanas rangés. Avec la lumière qui éclaire le couloir, je reconnais ces deux petits cons. Ce sont deux apprentis que j’ai déjà vu dans le quartier des garçons. Ils font partie des rares qui sont encore plus jeunes que moi … Ma rivale se place à côté de moi, dévisageant les avortons que nous venons de mettre au jour.

« On peut savoir ce que vous fabriquiez ici ?
- On … On vous r’gardait, m’dame, répond l’autre. Depuis la porte, on a r’gardé c’que vous faisez … »
"Vous nous avez espionnés, les morveux ?!"
« Pitié, ne le prenez pas mal ! reprend le pleurnichard. On avait juste envie de jeter un œil … On vous admirait, je vous promets qu’on se moquait pas de vous ! »

Quelle belle paire de guignols. Pourquoi ont-ils aussi peur ? Ce n’est pas comme si j’allais les manger. Je pousse un soupir désespéré face à leur attitude puérile, blasé, tandis que Youmu poursuit l’interrogatoire.

« Depuis combien de temps est-ce que vous nous espionnez comme ça ? questionne-t-elle.
- Ben, euh … Ca f’sait plusieurs nuits que le m’sieur partait du dortoir et rev’nait tard … Alors on s’est demandé c’qui se passait … Du coup, on vous a suivi cette nuit jusqu’ici … Et on a regardé tout c’que vous avez fait avec les bâtons d’bois … C’était … vraiment classe. »

Il se fout de notre gueule, celui-là. Si en plus il se permet de m’appeler monsieur, ça va barder encore plus pour sa petite tête d’avorton. Mais c’est pas la peine de m’emporter comme ça, de toute façon ma rivale n’a pas l’air aussi énervée que moi. Si je mets une raclée à ces deux nigauds maintenant, de un ils vont se mettre à gueuler, de deux ça va forcément se remarquer. Mais merde quand même, si on se fait repérer par des gosses, on n’est pas dans de beaux draps, elle et moi !

"… Bon Youmu, qu’est-ce qu’on fait de ces deux-là ?"
« Laissons tomber. Assure-toi simplement qu’ils ne nous suivent pas la prochaine fois. »
"Vous avez bien compris, les mi-portions ?"

D’un air tremblant, les deux petits cons acquiescent en synchronisation. Je crois qu’ils ont compris. De toute façon, s’ils essayent de nous suivre la prochaine fois, je leur fais la peau. Ils n’ont même pas emporté leurs sabres … Décidément, ils ne savent vraiment pas à qui ils ont affaire.
… Mais vraiment, quoi ! Je n’ai jamais vu de gamins aussi peu prévoyants, gnéhéhé ! Ils me rappellent un peu moi, dans un sens … Avec un peu d’autodérision, bien sûr. Je leur ressemblais pas mal avant d’intégrer l’Ordre des Doubles-Lames, à mes souvenirs. Ils me font bien rire après autant d’efforts … Bilan de la soirée : encore des défaites, mais tant pis, de toute façon j’étais pas en forme. J’ai déjà fait bien mieux de toute façon. Mais bon, c’est un peu agaçant d’avoir des pics de performances et d’autres de relâchement. Il faudrait que je parvienne à me maintenir en forme avant chaque confrontation avec Youmu … Mais au milieu de la nuit, c’est pas ce qu’il y a de plus simple. En attendant, j’irais bien piquer un roupillon, moi !

"Allez, on lève le camp ! Youmu, on va éteindre les dernières torches de la salle ?"
« … Oui, allons-y. »

Hum ? Bizarre, je crois qu’elle vient de se retenir de dire ou faire quelque chose. Ben quoi ? Qu’est-ce que j’ai encore dit ? Bah, laissons tomber. J’ai l’habitude de toute façon …

« Hé, attendez ! Vous entendez ? »

Le silence revient, nous demeurons tous muets à tendre l’oreille. Le gosse a raison … Il y a un bruit régulier qui résonne dans les couloirs, très lointain, mais il existe. Qu’est-ce que c’est ? Oh, non … Sainte merde !!!

"Quelqu’un vient ! chuchoté-je."
« C’est pas vrai ! Il y a un maître qui arrive depuis le dortoir des filles !! »

Ah, zut !! On s’est fait repérer !! Par chance, les pas me semblent encore à une très longue distance de là : si on se grouille, on a peut-être une chance de rentrer dans le noir jusqu’au dortoir sans se faire pincer et renvoyer secs. Zut de flûte, j’ai pas envie de me faire jeter, moi ! Vite, il faut qu’on se bouge avant qu’il ne soit trop tard !
J’examine en quatrième vitesse le couloir face à nous : il est plongé dans le noir mais je sais qu’il avance sur cent mètres avant qu’il n’y ait le carrefour. A partir de là, à droite c’est le dortoir des garçons, et à gauche celui des filles. C’est de là d’où viennent les pas. Il faut se replier avant que le maître escrimeur n’atteigne l’intersection … Et en silence ! Je me tourne vers les deux petits gars qui nous accompagnent, et pose mes mains sur leurs épaules.

"Bon, écoutez-moi ! On va rentrer le plus vite possible dans nos quartiers, à l’aveuglette … Je connais le chemin, alors suivez-moi bien, ça roule ?"
« Attends, Luke ! Moi, je ne peux pas retourner dans le dortoir des filles !! »
"Quand je disais suivez-moi, je parlais de toi aussi !"
« Que-quoi ?! »

C’est la première fois que je la vois aussi paniquée. Elle doit être affolée par la perspective de se faire renvoyer de l’Ordre, sans doute … Roh mais allez, on n’a pas le temps de déblatérer pendant des heures de tout ça !
Je lui arrache la torche des mains, et la place au sol en l’éteignant en silence d’un rapide coup de pied. Ca y est, on est dans le noir. Mais le maître ne doit plus être loin, et lui aussi il doit en avoir une … Si on entre dans son champ de vision, le pot-aux roses sera découvert, et ça va barder pour nous. Les deux petits ont l’air sous la pression eux aussi, mais fort heureusement, ils restent assez calme. Je leur chuchote dans l’ombre de s’orienter à mes pas, et commence à marcher rapidement en faisant très peu de bruit. C’est pas simple. Derrière moi, j’entends à pas feutrés mes compagnons qui me suivent, à grandes enjambées. J’ai le cœur qui bat. On est peut-être assez silencieux, mais je suis pas certain qu’on échappera à l’oreille du maître.

Je frôle le mur du bout des doigts. Les bruits de pas signalant le déplacement lent du maître escrimeur se rapprochent dangereusement … Je fais de mon mieux pour contenir le taux d’excitation, aussi bien néfaste que jouissive, qui tourne à l’intérieur de moi. Derrière, ils me suivent toujours. J’entends la respiration haletante de Youmu me suivre deux mètres derrière, alors que nous nous approchons très vite du croisement fatidique où se dirige le vigile … Elle est vraiment stressée, sur ce coup-là ! Ah, ça y est, le mur se termine : on est à l’intersection. Je tourne la tête à gauche : le voilà … A une cinquantaine de mètres, ses pas se réverbérant assez distinctement contre les murs, l’escrimeur progresse dans une aura nimbée de lumière. La torche flamboyante émet une lueur qui ne tardera pas à nous rattraper et à nous offrir à son champ de vision si on traîne trop, mais l’essentiel est là : on a passé le plus risqué, et tout le monde est bien présent. Je décide de bifurquer aussitôt dans le couloir de droite, entraînant mes compagnons silencieux derrière moi.

« … Qui va là ? »

Merde, chopés !!!
Pas besoin de donner d’ordre : nous nous mettons aussitôt tous les quatre à détaler comme des lapins le long du couloir, courant à pleines jambes sans se soucier du boucan. Ah, zut !! C’est pas vrai, c’est pas vrai, c’est pas vrai ! Je cours aussi vite que possible, distançant légèrement mes camarades, alors que le maître escrimeur se met à faire de même en arrière à l’écoute de nos pieds frappant le sol. Bon sang, une chance qu’il nous ait pas encore vus !! Si on rejoint notre dortoir avant d’entrer dans l’aura de lumière, il ne pourra pas nous débusquer !!! Go, go, go, hahaha !! C’est parti ! J’entends les bruits de course précipitée derrière moi, mes camarades courant aveuglément en direction de mes pas dans le noir complet. Bizarrement, ça me fait presque rire, notre situation. Mais si je ris maintenant à gorge déployée, l’entraîneur reconnaîtra ma voix, et je serai cuit-cuit ! Mouahahaha … On est pas dans la merde, les amis !

A force de course, on a distancé l’aura de lumière d’une petite dizaine de mètres. Mais voilà qu’on arrive à la porte d’entrée du dortoir ! Je sais d’instinct où elle est. D’une voix vive, légèrement masquée mais suffisante pour que mes compagnons l’entendent, je préviens que nous sommes à destination et m’arrête. Aussitôt, j’ouvre la porte du quartier des garçons en grand, et m’engouffre à l’intérieur en restant à la porte. Les deux garnements entrent.

"Allez, au dodo !"

Pas de protestation. Les deux filent à l’intérieur. Quant à Youmu, elle entre à son tour, un tantinet tremblotante. Je referme doucement la porte derrière elle, et les pas du maître se font de plus en plus proches. Tout autour de nous, les lits s’alignent contre les murs, dans le noir. Moi je connais par cœur, mais elle non … Et les ronflements bruyants qui résonnent autour de nous doivent sans doute l’intimider un peu. Après tout, c’est un peu la première fois qu’elle entre réellement dans les quartiers des garçons, alors que c’est normalement interdit.

« Qu’est-ce qu’on fait ? »
"Suis-moi …"

Je commence à l’entraîner quelques mètres plus loin, la guidant soigneusement entre les lits pour qu’elle ne bute pas contre eux. Entretemps, les pas se sont rapprochés de plus en plus, et ça urge … Très rapidement, je suis au niveau de mon lit. Je me retourne vers elle dans le noir.

"Vite, sous la couverture !!"
« Que … Tu n’es pas sérieux ?! »

Oh que si !! Je lui passe brusquement le bras gauche autour de la taille, et me jette avec elle dans le matelas en l’emportant dans mon mouvement. Nous atterrissons tous les deux dans la couche avec un bruit étouffé, alors que je tire d’un coup sec, de mon autre main, la couverture laissée en désuétude une heure plus tôt … Le drap se cabre au-dessus de nous, comme une vague de la mer, et s’abat finalement en recouvrant Youmu entièrement, ne laissant dépasser que ma tête contre l’oreiller. Au même instant, la porte s’ouvre à la volée, et une lueur orangée envahit le dortoir.

Le maître escrimeur inspecte longuement les rangées de lit qui s’alignent sur les murs, s’aidant de sa torche pour éclairer légèrement les alentours. Je maintiens les yeux fermés, simulant un sommeil factice. Mon excitation est telle que j’en ai du mal à rester immobile, mais j’essaye malgré tout de conserver un rythme cardiaque discret. Youmu est juste là, plaquée contre moi et dissimulée sous la couverture, crispée sans faire le moindre geste. J’espère que nos katanas ne dépassent pas … Sinon, on est grillés. Et là, bye bye les doubles-lames ! Ca me ferait une belle jambe … Le temps s’écoule lentement, alors que je l’entends se déplacer dans la chambre commune. Il examine sans doute en balayant la pièce du regard … J’espère qu’il ne s’attarde pas sur chacun d’entre nous. Sinon, il remarquera bien qu’il n’y a pas que moi dans mon lit. Au bout d’une longue attente … Il s’en retourne finalement en-dehors du quartier des garçons, refermant la porte derrière lui. La faible lumière orangée que je pouvais percevoir derrière mes paupières closes s’évanouit au profit d’une obscurité presque totale, et bientôt, les ronflements tout autour me semblent plus forts que jamais. Ouf … J’attends que les pas s’éloignent. Wahou, on l’a échappé belle !

Je jette la main hors du lit, et chope une boite d’allumettes qui traine là. Je l’ouvre, j’en prends une, je la referme d’une main ; je la pose ensuite sur le côté, exposant l’une des faces pour lancer l’étincelle, et craque la brindille d’un seul coup. La lumière ainsi créée, je cherche du coin de l’œil la bougie de ce côté-là du lit, et allume la mèche avant d’éteindre l’allumette d’un brusque mouvement de la main. Ca y est, on est hors de danger. Je retire doucement la couverture, et sens l’étreinte autour de mes côtes se desserrer …

"La voie est libre !"

Youmu se redresse, et je fais de même. On a vraiment eu chaud, sur ce coup-ci. Les pas se sont évanouis, dehors … On a eu un pot de tous les diables ! A bout de souffle, ma rivale s’éloigne légèrement de moi et s’assoit dans un coin du matelas, respirant à grandes goulées, et moi je m’adosse simplement au mur contre lequel la tête du lit est plaquée. Bah dites donc. Vu le peu que je peux voir avec la bougie, elle a les joues en feu. Elle qui d’habitude a une teinte de peau aussi pâle, ça fait bizarre de la voir toute rouge. Qu’est-ce qu’il lui arrive ? Elle a retenu sa respiration tout du long, j’imagine qu’elle doit être en manque d’air …

« … Merci beaucoup, Luke … »

Je lui fais un grand sourire, avec un pouce levé. Vraiment, si j’étais pas l- … Hum ? Hé … J’ai rêvé, ou quoi ? Je suppose que c’est la fatigue … Pendant une seconde, j’aurais juré l’avoir vue sourire face à mon geste. Mais pas comme d’habitude quoi, vraiment un sourire … rassuré. Elle se tourne vers moi, et j’ai bien la confirmation que j’ai halluciné, elle me regarde avec une expression normale. Ca fait la deuxième fois de la soirée que j’ai la vision qui flanche, moi, je dois pas dormir assez. Cependant … Je peux le voir encore une fois. Ce regard si étrange, qui me fascine presque chez elle. Celui de la dignité, luisant dans ses yeux aussi sombres que les abysses des océans si rarement contemplés.

« … Je t’en dois une, fait-elle avec sincérité.
"Bah, c’est tout naturel. Par contre on va devoir annuler pour la semaine prochaine, le temps que l’agitation retombe …"
« Ce n’est pas souvent que ça arrive, mais je suis bien d’accord avec toi. »

Après un petit temps de récupération, nous convenons tous deux qu’il n’est pas bon qu’une fille comme elle traîne dans ce dortoir rempli de mâles. Nous avons attendu assez longtemps, je pense qu’elle peut retourner dans le quartier des filles sans risque. Alors, nous nous séparons finalement sans mot inutile, après cette soirée riche en émotions …

Je crois qu’il faudrait faire ça plus souvent. Au fond … C’était assez marrant, non ? Héhéhé !

_________________

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Schizophrène, Psychopathe, Fleur bleue, Ecrivain, Lukeskywalker62.
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